La fin de Libertalia

Lorsqu’Olivier Misson quitte Anjouan , c’est avec 3 navires, 90 canons et 300 Anjouanais qu’il entre dans la  » Baie de la Liberté « . Carraccioli  s’occupe de tous les plans concernant les constructions, notamment d’une   » Maison de Dieu  » ,qui tiendra lieu de culte unique pour toutes les religions, et pas de quartier Anglais, Français ou autre, tous seront mélangés au gré d’un tirage au sort pour la répartition des huttes et des logis. C’est la naissance de  » Libertalia », monde de liberté. Ses habitants s’appelleront les Liberi ou Libertaliens, et voici leur serment :  » Pour Dieu et la Liberté, tous frères et tous égaux  » ! C’est donc dans un souci d’égalité entre tous que le tirage au sort est aussi pratiqué pour les tâches à accomplir. La population de Libertalia compte environ 400 ames dont une centaine de femmes. 4 mois plus tard, Olivier reprend la mer sur le Bijou avec 150 hommes, pour rallier d’autres hommes à leur cause et surtout pour ramener des armements pour défendre leur communauté. Pendant son absence, un Malgache, banni de la tribu des Antankaras, est capturé par ses compagnons. Carraccioli lui fait découvrir Libertalia, et le renvoi chargé de cadeaux pour son Roi, imaginant déjà ce que ce peuple pourrait leur apporter par le biais du troc : bétail, semences, épices ………

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Olivier rentre alors de campagne, il ramène 15 canons, mais aussi du bois, des outils, des semences, une presse à imprimer…..et 200 à 250 Portugais qui refusent de se joindre à eux. Redoutant un soulèvement de ces hommes bien hostiles à leur nouveau système de vie, les Libéri les cantonnent dans un campement sous la surveillance de sentinelles et les utilisent pour le défrichement des terres et les constructions.

A la recherche permanente d’hommes et d’armes,  un des compagnons, Pieter le Hollandais, reparti en campagne à bord du Bijou, croise au deuxième jour le brick  noir de Thomas Littleton Tew et de ses 120 forbans. Il se dit alors qu’ayant un grand besoin de nouvelles  » recrues » , ceux-ci ,qui comptaient tout de même 25 canons, feraient bien l’affaire.

A leur arrivée dans la  » Baie de la Liberté « , les membres du conseil se réunissent et bein qu’ils redoutent une traitrise de leur part, acceptent une forme d’alliance avec Tew et ses hommes. Tew accepte de défendre les intérêts des Liberi mais refuse poliment de s’intégrer parmi eux.

Olivier fait alors un marché avec lui : Tew reprendrait les campagnes et serait accueilli à Libertalia à chaque escale. Olivier paierait les armements et les hommes pris par Tew en eau douce et vivres . Tew conserverait l’or ,les bijoux,les pierres précieuses  et profiterait d’un droit de bassin dans la Baie. Tew accepte et repart en campagne.

Loutherbourg - The Glorious First of June

Il ramène ainsi 18 canons, 35 hommes  et 140 esclaves destinés à Bourbon.

Mais les Libéri doivent résoudre le problème des Portugais, dont une demi-douzaine seulement a accepté de rallier leur cause. On les laisse donc repartir à bord de leur navire, en leur faisant jurer sur la Bible, de ne pas révéler durant un an l’emplacement de Libertalia.

Entre-temps, le troc avec les Antankarars se poursuit. Cette fois-ci ,ils ont amené 50 tetes de bétail . Le prix d’un bœuf est alors de 2 hachettes, 1 couteau, 4 aunes de tissu bleu, 1 aune de tissu rouge et 10 grosses perles de verre.

Les Malgaches leur fournissent également des esclaves, mais lorsque les Libéri les achètent, les libèrent et les traitent en égaux, c’est l’incompréhension. Le Roi Antankara décide donc d’envoyer à Libertalia des hommes censés rallier la cause des Liberi, mais qui sont en fait des chasseurs expérimentés qui auront pour role d’observer et rendre compte.

A peine débarqués à Goa, un comptoir Portugais sur la cote des Indes, les Portugais relachés par les Liberi renient leur parole, allant même jusqu’à se porter volontaires pour guider les leurs, dans une expédition punitive, jusqu’à Libertalia.

Hendrick Cornelisz Vroom - The harbour in Amsterdam

Tew, à nouveau de retour de campagne, ramène derrière lui  un immense bateau contenant 110 canons et une centaine de jeunes filles âgées de 13 à 18 ans. C’est une très belle prise !! Il garde cependant 6 des jeunes filles à bord du brick, pour éviter, dit-il, que ses hommes ne se jettent sur la totalité ! Et puis, ce sont 6 jeunes filles qui n’ont pas froid aux yeux !

Pour prouver sa bonne foi aux Libéri, il ne se fait d’ ailleurs pas payer les autres et les 110 canons, d’autant plus qu’il avait pris dans cette campagne  tant d’or et de bijoux, qu’il pouvait se le permettre !

Il pousse même le vice jusqu’à inviter les Libéri ,qui le souhaitent, à  » visiter »  les 6 jeunes filles à bord du brick, tant et si bien que le navire se transforme rapidement en sorte de maison close dont il devient le tenancier !

Pendant ce temps, les Portugais arment 5 navires remplis de boulets et chargés de soldats, déterminés à faire disparaitre ces corsaires. Les navires mettent alors le cap sur Libertalia, et ils attaquent.

La bataille est assez courte, les Libéri la remporte haut la main. Ils font plus de 800 prisonniers et récolte un gros chargement d’armements.

Carraccioli veut alors négocier avec le souverain Portugais. Voici le marché qu’il propose : les Libéri n’attaqueront plus les navires Portugais, si ceux-ci promettent  en contrepartie de ne pas chercher à leur nuire et de cesser le commerce des esclaves. Et les Portugais repartent avec ce message, exceptés deux d’entre eux, deux hommes qui avaient été capturés par Olivier Misson et qui avaient renié leur parole en menant la flotte Portugaise jusqu’à la  » Baie de la Liberté » .

Ces deux hommes seront pendus.

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Se pose aussi le problème de Tew et de ses forbans qui sèment la zizanie. Le conseil Libertalien décide de les renvoyer en campagne ! Se sentant maintenant suffisamment armés et capables de se défendre, les Libéri pensent en fait leur refuser l’accès à leur retour en les combattant s’il le faut. Mais Tew,rusé et méfiant, comprend la manœuvre et demande donc à laisser les jeunes femmes et les « malades » à terre.

Et à nouveau, sur la cote des Indes, les Portugais préparent  une  seconde expédition punitive. Et Tew,parti à Antongil, tente de recruter des hommes pour préparer son retour en force. Les  » malades  » ,qu’il a laissé à Libertalia, sont rapidement rétablis et poursuivent à terre le commerce des charmes des 6 jeunes filles auprès des Libéri.

Le conseil Libertalien, dont Olivier Misson a été nommé  Secrétaire d’Etat et Angelo Carraccioli, le Grand Conservateur de la République, se voit donc dans l’obligation de voter des lois  afin de  faire respecter l’ordre et la morale.

Et c’est pendant la réunion de ce même conseil, que tout à coup  l’alerte est donnée. Les Libéri se demandent  alors qui lance cette attaque : les Portugais ? Tew et ses hommes ?

Ce ne sont ni les uns, ni les autres. Ce sont des milliers de Malgaches qui attaquent, et c’est une véritable invasion ! Les Libertaliens ont toujours redouté une attaque par la mer et c’est donc dans ce sens que les canons sont orientés. Ils n’ont jamais  craint une attaque terrestre, alors que faire contre ces milliers de guerriers armés de sagaies, d’arcs et de flèches, sinon fuir vers les navires ? Combien y eut-il de survivants et s’il y en eut, que sont-ils devenus?  Après la mort de Carraccioli, Misson aurait repris la mer et aurai disparu à jamais.

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( Vous pouvez retrouver la légende de Libertalia dans le livre de  Daniel Vaxelaire : Les mutins de la liberté . aux éditions Phébus)

David  Firon

 

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