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Citations Daniel Defoe

Pierre Henquinez HIS F08 Second semestre 2004-2005 Préface

Il convient de constater que certains mots sonnent davantage à l’oreille que d’autres. Ainsi, lorsqu’au détour d’un cours est arrivé à mes oreilles le nom d’une colonie libertaire fondée dans le nord de Madagascar, du nom de Libertalia, je fus intrigué. A cette période du second semestre, il nous fallait réfléchir sérieusement à un sujet de mini-mémoire. Sans même penser à cela, je me suis immédiatement mis en quête de savoir de quoi il en retournait, que se cachait derrière cette appellation si évocatrice. Après quelques lectures, tout en faisant d’autres recherches d’information sur un autre sujet de mini-mémoire pressenti, je compris que ce sujet s’imposait à moi. L’Histoire des rêves est tellement significative de l’histoire humaine, sans doute peu explorée à cause de l’absence de données factuelles, dates et batailles par exemple. Ici, les canons ne parlent guère, les faits d’armes ne sont pas glorifiés, seules comptent les bonnes actions et la pensée exprimée. Et c’est là que la subjectivité prend le relais : qu’est-ce qui est « bon » ?

C’est pourquoi il m’a fallu abandonner mes recherches précédentes, afin de mener à bien l’exploration de la vie, de l’œuvre d’Olivier Misson : Libertalia. Ce récit est tellement contestataire à l’époque, sous couvert d’histoire vraie, qu’il n’est encore aujourd’hui que peu diffusé : la seule version disponible est éditée par L’Esprit Frappeur, maison peu « conventionnelle ».

Histoire de la pensée européenne donc, vie et mort d’un Européen, etc. L’écueil était de ne pas perdre de vue les côtes africaines. Pour autant, il ne fallait pas négliger l’aspect idéologique omniprésent. Aussi me paraissait-il intéressant d’étudier, via le prisme de cette pensée, et des réalités d’alors, ce que pouvait penser un gentilhomme de l’an 1700 de ses semblables africains. Le texte étant difficile à trouver, je me permets de le joindre à ce court mémoire, ce dernier n’étant finalement qu’un commentaire de document… « Libertalia » à Madagascar, ou ce qu’il en reste… LIBERTALIA

Le texte étudié est le dernier Livre de L’Histoire générale des plus fameux Pyrates, œuvre publiée en 1724 par Daniel Defoe sous un nom d’emprunt, Captain Johnston. Comme traduction, nous nous contenterons du livre paru aux éditions L’Esprit Frappeur en 1998, sous le titre Libertalia, une utopie pirate, traduit de l’anglais par Guillaume Villeneuve.

Son auteur, Daniel Defoe (1660-1731), naît au sein d’une famille de modestes protestants « dissidents » (i.e. théologiquement intégristes). Rapidement entré dans la profession du négoce, il parcourra une Europe en pleine ébullition intellectuelle, très loin de la rigueur familiale. Acquis aux idéaux démocratiques, il fera partie de la jeune génération témoin de la « révolution pacifique » anglaise de 1688, et s’enthousiasme pour Guillaume III d’Orange, nouveau roi constitutionnel. Il s’essaie alors, avec succès, à des écrits politiques libéraux, mais

l’aube du XVIIIème siècle le verra devenir conservateur. Son ironie lui vaudra même de la prison. Aussi, sans doute refroidi, il se tourne vers la fiction et connais la gloire avec une œuvre tardive (1719), Robinson Crusoé. Les récits d’aventure connaissent alors un vif succès ; il en profite pour publier de nombreux récits prétendus véridiques, comme Moll Flanders, Lady Roxana ou l’heureuse catin. Quelques années avant sa mort, il publiera, sous un nom d’emprunt, l’ouvrage dont est extrait ce récit d’une énième aventure pirate, celle de Misson.

Durant la période de découverte qu’est ce début de XVIIIème, les publics européens raffolent de ce genre de récits, présentés comme vrais. Le lectorat visé est certes le grand public lettré de l’Angleterre de 1724, notamment ceux qui vivent au contact des nombreux marins anglais, intarissables lorsqu’il s’agit de conter leur vie au fil des océans. Cependant, un fort parti pris transparaît au fil des pages : concernant une réalisation « utopiste », cela vaut alors engagement. Le public visé est donc aussi l’élite intellectuelle et politique anglaise, les lecteurs issus d’une société muselée, censurée, sachant lire entre les lignes. Le célébrissime Defoe préfère même publier sous nom d’emprunt…

Il s’agit ainsi du récit de la vie romancée d’Olivier Misson, et de son œuvre novatrice, Libertalia. Protégé par son nom d’emprunt, l’auteur nous raconte, à travers l’histoire d’un homme, la genèse, la gloire puis la chute d’un idéal de liberté, tel qu’idéalisé alors. Ainsi, outre le simple récit d’aventures, il expose ce que pourrait faire un homme pétri de qualités de l’Honnête Homme. Les raisons du choix d’une telle vie prennent une place considérable, relatant ses origines, ses rencontres, ses choix, mais aussi les alea d’une vie qui n’aurait jamais dû déraper de la sorte, faite de hasards plus ou moins heureux : on y retrouve aussi les origines de Defoe, qui dut son ouverture d’esprit à ses voyages, malgré une éducation rigoriste. Une fois Libertalia « fondée », l’auteur s’essaie à un exercice littéraire alors très en vogue, décrire comme avérée une société intrinsèquement juste, du moins telle qu’il l’entend. Pourtant, dater précisément le récit de Libertalia tient de la prouesse : il s’agit a priori d’une fiction, sans doute basée sur des faits réels (Defoe fréquentait les tavernes à marins et les geôles à pirates, en prenant des notes). L’auteur nous explique, en dernière page, comme pour donner de la véracité à son récit, qu’il a obtenu le journal de bord de Misson grâce à un ami, lequel l’aurait trouvé dans les papiers laissés par un ancien compagnon de Libertalia, mort tranquillement à La Rochelle bien après ladite aventure. La marge est considérable. L’auteur n’avance absolument aucune date, ne donne que des noms de bateaux. Mais y accoler une date précise, froidement, reviendrait à vouloir rendre réelle une fable. Nous considèrerons, en effet, qu’il s’agit d’une fiction, qui est censée se dérouler à la fin du XVIIème siècle.

A cette époque, l’Angleterre s’est dotée d’un nouveau régime, la monarchie parlementaire. L’Europe de Louis XIV est à feu et à sang, les guerres se succèdent entre puissances continentales. Les conflits connaissent des répercussions par delà les océans : si Jean Bart se cantonne au littoral français, la guerre maritime fait rage sur toutes les mers connues. Qu’ils soient pirates, flibustiers, forbans, corsaires, navires de guerre ou marchands, le conflit est permanent, le champ de bataille partout… La rivalité franco-anglaise bat son plein, mais d’autres puissances sont présentes, comme la Hollande ou le Portugal. Par leur pouvoir de nuisance, des organisations pirates joueront aussi un rôle non négligeable, comme la mythique mais néanmoins réelle Flibuste et son repaire, l’Ile de la Tortue et New Providence. Pourtant, à cette époque peu sereine, de nombreuses parties du Monde restent inexplorées. Si le littoral américain est connu, l’Afrique reste le continent mystérieux par excellence. Bien que Vasco de Gama en ait fait le tour dès 1498-1499, bien que les puissances européennes possèdent toutes des comptoirs le long du littoral, l’intérieur reste terra incognita. L’Océanie reste tout simplement ignorée : il faudra attendre les années 1760 pour qu’on découvre un

continent aussi vaste ! Pourtant, la curiosité scientifique –et le commerce- incitent les puissances européennes à reconnaître le plus de terres possibles, pour des raisons stratégiques et commerciales évidentes. L’imaginaire peut s’échapper vers des horizons semblables au Paradis sur Terre. La littérature suit ce mouvement : l’époque est aux récits de voyage. Rusant avec ce genre narratif, Thomas More (1478-1535) inaugure en 1516 un nouveau vocable, Utopie, titre-éponyme de son œuvre magistrale décrivant la société idéale, sous couvert de récit de voyage. Jusqu’à l’époque qui nous concerne, ces deux littératures seront prolifiques. Il est souvent difficile de faire la part de réel dans ces écrits, et donc de les classer dans l’une ou l’autre catégorie. On peut citer, comme ouvrages publiés autour de 1724, L’Ile des Amazones, de Lesage (1718), Relation d’un voyage du Pôle arctique au Pôle antarctique par le centre du monde (Anonyme, 1724), ou Les voyages de Gulliver, publiés par Jonathan Swift en 1726. Ce récit de la vie de Misson fait partie de ces œuvres.

Une fois suffisamment enrichi par des prises de navires marchands, l’équipage de La Victoire, le navire de Misson, opte démocratiquement pour l’Afrique plutôt que le repaire habituel et sûr que sont les Caraïbes. Au travers des descriptions et autres considérations de l’auteur et des personnages, ce récit nous livre de nombreux renseignements quant à la vision qu’avaient les européens du continent africain au début du XVIIIème siècle.

Sommaire :

I) La piraterie des côtes africaines A) Les différentes puissances européennes du littoral africain B) Intérêt des lieux C) Pourquoi l’Afrique plutôt que les Antilles (page 49)

II) La vision de l’Afrique et de l’Africain par l’européen lettré du XVIIIe siècle A) Bref historique B) Rencontre avec les naturels C) Vision de l’Africain, selon Misson

III) L’Africain, ou comment appréhender la différence A) Les Comoriens B) Les esclaves saisis C) Les natifs de la Grande Ile

La Piraterie des côtes africaines Vers 1700, la façade maritime de l’Afrique Occidentale est constellée d’une myriade de comptoirs tenus par quelques puissances européennes. Pionniers, les Portugais ont exploré les côtes du continent, et en ont profité pour y fonder des comptoirs, d’abord relais maritimes permettant de se repérer dans l’espace, sur leur route vers les Indes. Néanmoins, ces escales devaient être aussi pourvoyeuses d’eau et de vivres fraîches, le contournement de l’Afrique demandant des mois de navigation. Aussi, les navigateurs devaient souvent s’approvisionner auprès de la population locale ; ils établirent ainsi des contacts commerciaux précoces, puis comprirent qu’il était intéressant d’acheter d’autres produits aux indigènes rencontrés. Ainsi naquirent ces comptoirs. Intéressées elles aussi, les puissantes maritimes européennes se lancèrent immédiatement dans ce lucratif négoce, entraînant de fait une concurrence féroce, pour contrôler les meilleures places. Aussi le Portugal se vit-il déposséder de plusieurs

comptoirs par les Hollandais, tout en assistant à l’installation de nouvelles places commerciales par les Anglais, les Espagnols, les Français, les Suédois ou les Allemands (Brandebourgeois), sur cette côte que les Portugais avaient nommée, dès 1444, la Guinée, ou Pays des Noirs.

L’Afrique présente déjà de nombreux attraits, pour qui veut s’enrichir, pour qui veut voyager. Il convient de rappeler ici que ce gros continent fut perçu longtemps comme un obstacle à contourner : les Portugais l’ont démontré, leurs explorations du littoral (Antam Goncalves, Ca Da Mosto, Dias et enfin Gama) n’ayant pour but que de baliser la route maritime vers les Indes… Tout de même, l’arrière-pays, vécu comme un enfer impénétrable et malsain, offre des ressources appétissantes, qui permettent déjà, au XVe siècle, de rentabiliser les voyages d’exploration : les premiers esclaves noirs sont capturés dès 1441 près du Cap Bojador, on négocie aussi l’or, le miel et la cire d’abeille, l’ivoire ou les peaux. Jusqu’au XVIIIe siècle, à de rares exceptions près (Le Cap…), les Européens ne font pas souche sur le continent, qui ne les intéresse guère. L’Afrique reste un monde maritime, ses habitants voient les navires croiser au large, comme pour mieux les éviter ! Cette route maritime entre l’Europe et l’Asie fourmille donc de navires, galions, bricks, sloops, qui transportent des marchandises : monnaie d’échange à l’aller, cargaison d’épices et autres denrées précieuses au retour. Par exemple, certains navires portugais menaient des toiles et des verroteries à Mozambique, qu’ils échangeaient aux sujets de Monomotapa contre de l’or, qu’ils échangeaient ensuite contre des épices en Inde, avant de les ramener pour les revendre à Lisbonne. Ces convois sont parfois accompagnés de navires de guerre, mais beaucoup de bateaux naviguent seuls, à leurs risques et périls. Très lucratif, ce commerce n’est donc pas sans danger !

Aussi, pour Misson et ses hommes d’équipage, lorsqu’ils pensent Afrique, la route des Indes les intéresse. De plus, ils pensent à s’assurer les bases arrières, car il leur faut un abri sûr. Ainsi s’organise le pirate : bien que marin, il doit pouvoir accoster régulièrement pour ses vivres et son eau, certes, mais aussi pour pouvoir profiter sereinement de ses larcins, qu’il lui faut aussi receler. Il eut été assez simple, au fond, de se rallier à la Flibuste, véritable organisation pirate des Antilles, bien structurée avec ses repaires, ses codes, et l’accès immédiat à la route des galions de La Havane, extrêmement lucrative. L’idéaliste qu’est Misson ne peut s’y résoudre, au vu de la mission dont il se sent investi. Il nous fait comprendre que l’Afrique est un continent neuf, et que les Amériques sont déjà « surexploitées » : les utopies nécessitent une terre vierge, et Defoe ne s’y trompe pas. Cela nous montre aussi une attitude expansionniste. La planète n’est pas entièrement explorée, on peut alors voir plus loin. L’exemple de la Colonie du Cap, fondée en 1652, a montré qu’on pouvait s’installer sans trop de heurt, les « cafres » étant peu nombreux et archaïquement armés. Ainsi, Misson a besoin d’un abri, en un lieu vierge. Son escale aux Comores, bien agréable puisqu’elle lui permit de prendre femme, sera pourtant une attente insupportable : ces petites guerres entre ces îles lui permettent de confirmer qu’il vaut mieux être seul que mal accompagné. La Grande Ile, dont on ne connaît même pas les côtes, sera son Eden. La carte ci-contre nous montre une extrême imprécision, due aux techniques de cartographie d’alors, certes, mais aussi due au fait qu’on ne connaît que les côtes, ne faisant « que passer ». L’intérieur des terres est le fruit de l’imagination de l’auteur, héritier des élucubrations de Ptolémée, premier à avoir décrit ce qu’il croyait être l’Afrique (Montagnes de la Lune…). On réalise qu’il s’agit du lieu rêvé pour fonder une base arrière pirate… L’Européen qu’est Misson veut une Afrique vierge de toute occupation humaine. Rappelons aussi qu’il est pirate : il doit donc fuir la répression des puissances maritimes qui le menace. Il veut sa propre Ile de la Tortue. L’Ile de Madagascar a

aussi excellente réputation quoique peu explorée : le quartier-maître de Tew « jugeait l’île aussi fertile que salubre, et baignée par une mer poissonneuse » (page92).

La vision de l’Afrique et de l’Africain par l’européen lettré du XVIIIe siècle

Héritière de la cartographie de Ptolémée, ce géographe du IIe siècle qui ne connaissait de l’Afrique que ce qu’on lui en avait raconté, récits plus ou moins imaginaires, métissés de légendes et autres croyance, l’Europe a longtemps cru qu’il lui serait impossible de contourner ce continent. Ainsi, les marins de Diaz se sont mutinés peu après avoir réalisé que cet exploit était accompli, terrorisés par l’inconnu où ils se trouvaient, empêchant ce navigateur d’aller plus avant ! Ils cherchaient désespérément le Promontoire, censé clore ce continent, qui séparait les océans Atlantique et Indien. Outre ces erreurs de tracé de carte, Ptolémée s’était aussi permis de décrire les habitants, humains et animaux -voire les deux à la fois- qui peuplaient les lieux, à comparer avec la description faite dans l’Apocalypse selon Saint Jean ! L’image suivante montre bien l’ancrage de ces idées dans le cortex européen : elle est l’œuvre de Jean Mocquet, directeur, jusqu’en 1607, du Cabinet des Curiosités d’Henri IV. Il nous raconte, dans ses Relations de Voyage, beaucoup d’anecdotes, qui s’avèrent n’être que le reflet des croyances d’alors. Bref, lorsque Misson descend les côtes vers le sud, il a dans ses bagages des siècles de préjugés faux. Pourtant, il n’hésite pas à considérer les Africains comme ses égaux : il demande aux esclaves saisis sur ses prises s’ils veulent se joindre à lui, à sa communauté, comme il a fait avec des Anglais, des Hollandais par exemple ! Cet exemple nous permet de nuancer l’idée d’une pensée homogène européenne, fondée sur l’inégalité des races, sans perdre de vue la nature de Misson, fruit de l’imagination de Daniel Defoe, et donc de sa vision de l’Honnête Homme… Gravure extraite des Relations de voyage de Jean Mocquet, 1610

La rencontre que font les Libertaliens avec des indigènes (pages 80-81) est très instructive à ce sujet. Avant tout, ils le désignent comme un « noir » : il s’agit bel et bien d’un être humain, lui donnant même des qualités digne de cet état. Il est un « brave indigène », capable de traiter ses semblables « avec beaucoup d’humanité ». Pourtant, le souvenir de la « félonie des Mohéliens » impose aux européens la plus grande prudence lorsqu’on les invite à venir visiter le village indigène. Ce cliché est par contre tenace : les Africains ne pourront se retenir de massacrer Libertalia, sans raison apparente, démontrant leur cruauté sauvage… Avant cela, ils se seront montrés bons commerçants, ayant perçu que Libertalia manque de bras, de bétail et de femmes : après leur premier contact, les « naturels » viennent troquer « cent têtes de bétail, ainsi que vingt esclaves mâles enchaînés à vingt-cinq femelles ». Misson encourage ces contacts, comme par curiosité. Mais qu’en pense-t-il ? L’ouvrage nous le montre comme un personnage intrinsèquement bon, capable de gestes incroyables pour l’époque, comme lorsqu’il abolit les châtiments corporels dès sa prise de commande du Victoire, ou lorsqu’il affranchit tous les esclaves qu’il saisit lors des prises. Le point de vue de cet homme, finalement de son temps, bien qu’idéalisé voire parfait, est primordial quant à savoir ce qu’un esprit éclairé de ce temps-là pouvait penser. Comme nous l’avions déjà dit, il abhorre l’esclavage ; Defoe met ici en avant sa conception humaniste, qui annonce le combat abolitionniste précoce des Anglais. Defoe exprime clairement son propre point de vue (page 51) : « Malgré les différences de couleur, de coutume ou de rite religieux qui distinguaient ces hommes des Européens, ils [les esclaves saisis sur le Nieuwstadt] n’en étaient pas moins l’œuvre du même Etre tout-puissant qu’Il avait doués de la même faculté de raison. »

Misson et son mentor, Carracioli, sans doute suite à l’éloignement de leur mère-patrie, sont extrêmement amicaux envers les Africains. Ainsi, ils se confondent en excuses lorsqu’ils ne remplissent pas leur engagement formel de ramener les « Juanniens » (Anjouanais) dans les délais impartis. Il s’agit là d’une marque de respect qui nous montre cette volonté de traiter d’égal à égal. Le traitement des « nègres » à Libertalia en va de même : on les habille (ils sont logiquement nus…), on les nourrit, et ils travaillent comme tout le monde. Bref, à la même enseigne ! Ainsi, lorsqu’il envoie Tew en mission dans le Golfe de Guinée, il lui adjoint « trente-sept nègres, dix-sept d’entre eux était des marins chevronnés ». De même, même si on ne peut pas estimer l’intervalle de temps nécessaire, Defoe nous dit que « les nègres étaient à présent instruits et se révélaient fort utiles » (page 102). L’Africain est donc performant, tant sur le plan physique, mais aussi intellectuel : la faculté d’adaptation n’est-elle pas la clé de l’intelligence ? On voit bien que Misson les considère comme des êtres humains à part entière. Pourtant, mis à part le rôle de contremaître lors de la construction de pontons alloué à des « vieux nègres » (page 100), on ne parle d’eux que comme une masse humaine : aucun nom, aucune action individuelle citée. Il faut donc nuancer l’extrême modernité d’Olivier Misson, tout de même témoin de son temps. N’a-t-il pas déduit un peu rapidement, d’après des clichés bien connus, que les indigènes étaient musulmans comme les habitants de la Côte Swahili ? Il a suffit pour cela qu’ils montrent le ciel, et leur sexe circoncit…

L’Africain, ou comment appréhender la différence

Il convient de noter que Misson rencontre trois types d’Africains, biens distincts : les Comoriens, les esclaves saisis, et enfin les natifs de la Grande Ile. Tous trois seront conviés à participer à l’aventure libertalienne, mais différemment. Chaque fois que Misson mit pieds à terre sur les côtes africaines avant d’atteindre les Comores, ce fut en des comptoirs européens (Lagos, page 52), ou furtivement, sans rencontrer âme qui vive, comme lorsqu’ils enterrent un « brave Anglais » à « environ quatre lieues marines de la baie de la Table ». La première civilisation africaine rencontrée fut donc celle de l’île de Juanna, l’actuelle Anjouan. Aux premières descriptions correspondent une société bien structurée : le frère de la reine était « chargé de l’administration » (page 59). Les deux compères agissent comme s’ils avaient à faire avec un Etat européen : Carracioli propose de jouer sur les antagonismes entre les deux royaumes ennemis pour les mater. Diviser pour mieux régner. S’ensuivent des guerres, des représailles, des morts. Nous sommes loin de la société idéale tant attendue : finalement, ces peuples n’intéressent guère Misson. Il était pourtant prévenu : « l’un des Anglais l’avait averti que les navires européens à destination de Surat touchaient fréquemment à l’île de Juanna » (page 58). Quand il s’agit de la recherche du bon sauvage, un peuple déjà acculturé a perdu ses vertus. Defoe le montre clairement, en forçant le vice de Carracioli. De même, les Juanniens savent se montrer cruels : lorsque Misson capture des Mohéliens (page 61), les premiers « étaient si enragés qu’ils ne firent aucun quartier. Si Misson et Carracioli ne s’étaient interposés, aucun des trois cents assaillants n’auraient survécu. » Aussi, face à un « prince, à qui il importait peu de conserver ses sujets » (le roi de Mohila), Misson réagit de manière sanguine, alors qu’il s’est auparavant interposé : Defoe nous suggère-t-il une contagion du mal au contact de ces africains acculturés, donc abâtardis ? La litanie de ruses et autres perfidies qui suivent le montrent. Pourtant, notre marin provençal « désapprouvait les mesures violentes. Opposé à tout ce qui lui paraissait ressembler à de la cruauté, il refusait que l’on cédât à une revanche sanglante. » Defoe en profite pour donner son avis, teinté de protestantisme : « pour [Misson], de tels actes trahissaient une âme sournoise et craintive » (pages 68 et 69). Le suicide de la jeune veuve ne

fait qu’ajouter à l’atmosphère de cruauté ambiante (pages 72 et 73). L’équipage du Victoire n’a donc pas encore atteint sa destination, il lui faudra relever l’ancre pour trouver ce paradis.

Cet équipage a beaucoup évolué au cours de ses pérégrinations : de nombreux marins partis des Antilles sont morts au cours des combats, de nouveaux ont été adoptés. Au fil des abordages ont donc été incorporés des Anglais, des Hollandais, mais aussi des esclaves saisis. A la différence des autres Africains rencontrés par Misson, ceux-ci sont des continentaux. Ils sont donc rencontrés loin de leur terre d’origine : pirates et esclaves sont des déracinés. Ils sont tout de même présentés comme des gens simples, voire simplets, des enfants : craintifs –ils étaient tout de même esclaves- et réagissant tous par mimétisme. Les affranchis ne savent faire que ce qu’on leur montre, suggérant ainsi leur état de nature, cher aux penseurs d’alors. Ils apprennent vite, mais superficiellement : la langue française se transforme en « une sorte de français cahotant et métissé » (page 101). On leur apprend des « rudiments », ne leur offrant que des taches simples à réaliser, comme la fabrication de ponton ou l’agriculture : « six familles indigènes s’établirent même parmi [les] planteurs, ce qui leur rendit service ». La division des tâches nous montre que, bien qu’apitoyé sur leur sort, Misson ne peut leur confier de responsabilité. La description de leurs qualités supposées (« fidèles, efficaces », montrent beaucoup de « bonne volonté », et même peureux : ils assurent qu’ils ne se révolteront pas, page 101) laisse transpirer un fonds de paternalisme fort, qui suggère de fait un sentiment de supériorité, unanimement approuvé dans la société européenne moderne.

Pourtant, Misson se reconnaît une similarité avec ces hommes-marchandise qu’il vient de libérer (page 51) : un destin commun. Ces nouveaux camarades viennent d’être libérés par le sort, par le hasard qui a permis au Victoire de croiser le chemin, ici, du Nieuwstadt, comme lui fut libéré de ses supérieurs par leur mort, lors de l’attaque du Winchelsea (page 26). Au fond, Misson incarne fort bien l’idée de la servitude volontaire, telle qu’énoncée par La Boétie… à ceci près que le sort a voulu qu’il puisse s’en émanciper : les esclaves libérés sont ses semblables. Il affirma donc, à la page 51, que « s’il s’était affranchi du joug odieux de l’esclavage afin d’affirmer sa propre liberté, ce n’était point pour asservir autrui. » Une fois de plus filtre la morale chrétienne que les lecteurs anglais réclament (« Tu ne feras point à autrui ce que tu ne voudrais qu’on te fît »), mais le ton est donné : Européens et esclaves noirs affranchis sont bel et bien égaux ! Et pourtant, le mariage mixte est proscrit, il faut attendre des Noires pour que « les nègres de Misson soient mariés […]. » Enfin, les Libertaliens ont aussi rencontré des « naturels », des natifs de la Grande Ile, Madagascar. Cela nous montre que ces hommes sont curieux de leur environnement, ne serait-ce que pour savoir s’ils partagent le territoire d’autres hommes : « un détachement […] décida de s’aventurer plus avant dans le pays ». Comme nous l’avons déjà signalé, l’intérieur des terres fait terriblement peur : on se souvient de la frayeur de prisonniers hollandais, page 94, lorsqu’on les menaça de les expédier vers l’intérieur du continent. Certains acceptèrent, « le reste souhaitant être employé à n’importe quelle corvée plutôt que relégué dans l’arrière-pays ». Nos Libertaliens ont moins peur, pétris de qualité comme tout Libertalien ! Suite à la rencontre avec « un noir armé d’un arc, de flèches et d’une lance » (page 80), et à la prise de contact amicale avec son clan, Misson peut enfin observer des Africains in situ.

Lorsqu’il achète des bœufs aux « naturels » (page 80), il sait que ceux-ci sont déjà élevés dans ce milieu naturel ; ils survivront aisément. Il fait donc preuve de curiosité, donc d’humilité, vis-à-vis des indigènes. Il admire sans doute leur capacité à vivre dans cette luxuriante nature, et comprend que sa propre survie dépend de sa capacité à les observer, les imiter, lui qui a grandi en Europe, avant de passer sa vie à bord. C’est sans doute cette capacité d’adaptation qui aura manqué à Libertalia, qui ne vivait que selon des principes d’organisation européens, et qui lui vaudront de ne pouvoir résister à l’attaque terrestre des indigènes « pour une raison

restée d’ailleurs mystérieuse » (page 122). Les autochtones pouvaient même déplacer leur village, ou apparaître de nulle part (page 97). Misson n’y verra qu’attitude guerrière, ce nomadisme n’étant provoqué que « par peur de leur nouveau voisin. » L’épilogue lui aura peut-être donné raison.

Conclusion

Grande leçon d’humanité, le récit de Libertalia, bien qu’imaginaire, permit à de nombreux lecteurs de rêver, mélangeant la littérature utopiste et la légende de la piraterie. Outre le dépaysement et les belles âmes, cette aventure nous offre un autre rêve, celui d’une première mondialisation, qui met en contact des hommes venus de continents, de milieux naturels, de cultures et de croyances très différents les uns des autres. Avant même de rentrer dans le détail, on est surpris de constater qu’un esprit éclairé du XVIIIe siècle avait compris que les êtres humains peuvent cohabiter malgré de telles différences. Aussi, Defoe nous transmet sa vision de l’Afrique et des Africains, comme celle des pirates qu’il connaît bien mieux. Sans jamais les comparer ni même porter de jugement de valeur, l’auteur nous décrit ce contact premier, mais en donner un net ascendant à l’homme blanc : il dirige, selon ses propres critères civilisationnels, une société composée de différentes couleurs de peau, mais qui ressemble étrangement à d’autres sociétés utopistes, peuplées généralement de gens pâles. La traîtrise des indigènes les forcera à attendre que Libertalia soit affaiblie par l’expédition de Misson pour l’attaquer et la détruire, lâchement. Après une belle histoire onirique, on craint que l’auteur n’ait suggéré une cohabitation impossible, voire une organisation du travail raciale, comme le penseront plus tard les hommes du XIXe siècle en partant coloniser le continent africain, y amenant leur « œuvre civilisatrice »…

Bibliographie

Daniel DEFOE, Libertalia, Paris, L’esprit frappeur, 1998

Ouvrages généraux :

Elikia M’BOKOLO, Afrique Noire, Histoire et civilisations (tome1), Paris, Hatier-AUPELF, 1995 Jean MEYER, L’Europe et la conquête du monde, Paris, Armand Colin « U », 1996

Ouvrages spécialisé :

Daniel VAXELAIRE, Les mutins de la liberté, Paris, Phebus, 2001 Hubert DESCHAMPS, Les pirates à Madagascar aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Editions Berger-Levrault, 1972 Hubert DESCHAMPS, Pirates et flibustiers, Paris, PUF « Que sais-je ? », 1973 Peter LAMBORN WILSON, Utopies pirates, Paris, Dagorno, 1998 Gérard JAEGER, Pirates, flibustiers et corsaires, histoire & légendes d’une société d’exception, Avignon, Aubanel, 1987 Gilles LAPOUGE, Les pirates (vers la mer promise), Paris, André Balland, 1969 Sites internet : Espace Utopie de la BNF : http://gallica.bnf.fr/utopie/ Page personnelle (assez fantaisiste, mais sympathique) : http://libertalia.site.voila.fr/

Ressources de l’Université de Besançon sur les utopies : http://artic.ac-besancon.fr/histoire_geographie/Utopies/utopies.htm#Début

Lectures complémentaires :

J. MARTIN, OMONDL, Sang et encre : Libertalia (tome 3) (BD), Delcourt Productions, 2002 Jean MOCQUET, Voyage à Mozambique & Goa, Paris, Chandeigne, 1996

Les trésors de la Buse

Chiffre des Francs-maçons

Le chiffre des Francs-maçons, encore appelé alphabet du parc à cochons ou Pigpen, est un chiffre de substitution associant à chaque lettre un symbole. Ce chiffre est facilement attaquable par analyse fréquentielle.

Ce chiffre a été inventé et utilisé par les Francs-maçons au xviiie siècle. Il est inspiré du Chiffre des Templiers. Une variante de ce chiffre a été inventée par Henri-Corneille Agrippa de Nettesheim, dans son livre intitulé De occulta philosophia. Avec cette variante, toutes les lettres de l’alphabet ne sont pas prises en compte. Le terme de parc à cochons vient de la manière de préparer les symboles utilisés pour substituer les lettres. On trace en effet des enclos dans lesquels est placé l’alphabet. Il suffit ensuite de copier la zone correspondant à la lettre désirée. Voici un exemple d’alphabet placé dans quatre enclos. Les points permettent de distinguer deux enclos similaires. En bas de la figure, un exemple de chiffrement du mot « sebastien » selon l’alphabet donné sur la figure

S E B A S T I E N

Pour présenter cet historique je vous laisse découvrir le testament du célèbre pirate « La Buse » qui écrit de sa main qu’il vous laisse les indications pour trouver son trésor. Soyez surpris que notre Forban utilise l’alphabet maçonnique.

Juste un petit détail La Buse à était pendu en 1730 alors que la maçonnerie de l’océan indien arrive en 1778.

La Buse aurait-il des relations avec la Franc-maçonnerie ? La Franc-maçonnerie s’installe officiellement dans l’océan indien en 1778, plus précisément à Maurice. La Buse fut pendu en 1730, donc il ne pouvait connaître les codes de cette Franc-maçonnerie. Après recherche, il s’avère que la Franc-maçonnerie existait bien avant dans l’océan indien, mais non pas sous la forme spéculative, mais sous la forme opérative, les constructeurs de cathédrale, tous les corps de métier de l’époque et bien entendu la marine. La Buse aurait donc pu connaitre les loges à son époque, ce qui expliquerait que la Buse aurait pu utiliser leur code pour écrire son cryptogramme dont la clé serait même gravée sur sa tombe. La Buse faisait officiellement partie des Frères de la Côte, ce qui ne veut pas dire qu’il était franc-maçon, les Frères de la Côte n’étaient pas de simples pirates, ils avaient une vision du monde bien à eux, ils voulaient l’égalité de tous, les chefs étaient élus par les équipages, ce qui était bien en avance pour leur temps car la monarchie était de mise pour l’heure. Le cryptogramme de La Buse  » Mes trésors à qui saura me comprendre! »

Olivier Levasseur, dit « La ,Buse »(1680(?)-pendu le 7 juillet 1730)

Cryptogramme du Forban. Avant d’être pendu à St-Paul, le pirate La Buse lança ce message chiffré dans la foule en criant: «mes trésors à qui saura comprendre!» (photo Bibl. nat.)

Même traduit, ce texte reste hermétique et le trésor n’a toujours pas été retrouvé…

« Alphabet de la Buse »Les alphabets Maçonniques Vous trouverez ci-dessous deux variantes des alphabets encore utilisés par les Francs-Maçons. –          L’alphabet maçonnique complet Informatique : À partir d’une police de caractère True-Type Windows –          Alphabet maçonnique « français : La double clef de cet alphabet est contenue dans un carré de Saturne (3 x 3), ouvert, et dans une croix de Saint-André. I L’alphabet maçonnique complet Informatique : Que nous venons de voir. II L’alphabet maçonnique « français : A noter l’absence des lettres j, remplacée par le i ; k, remplacée par le c ; v et w, remplacées par le u. Clef de l’alphabet maçonnique français : Chaque lettre se construit à partir de la portion du carré ou de la croix dans lequel ou laquelle elle se trouve dans la double clef. Pour les lettres contenues dans le carré, on procède de la manière suivante : on laisse la case vide pour la lettre de gauche, et on inscrit simplement un point au milieu de la case pour la lettre de droite. Ainsi, pour prendre deux exemples concrets, les lettres a et b se construisent à partir de la case tronquée dans laquelle elles se trouvent. La lettre a étant la lettre de gauche dans la clef, on laisse la case vide ; le b étant la lettre de droite, on inscrit un point dans la case.

Deux exemples de codage des lettres : A et B.

On obtient ainsi l’alphabet suivant:

A noter la très forte proximité de l’alphabet employé par « La Buse »

Litéralement, on peut lire :« aprè jmez une paire de pijon tiresket2 doeurs sqeseaj tête cheral funekortfilttinshientecu prenez une cullièrede mielle ef ovtre fous en faites une ongatmettez sur ke patai de la pertotitousnvpulezolvs prenez 2 let cassé sur le chemin il faut qoe ut toit a noitie couuepovr en pecger une femme dhrengt vous n ave

eua vous serer la dobaucfea et pour ve

ngraai et por epingle oueiuileturlor

eiljn our la ire piter un chien tupqun

lenen de la mer de bien tecjeet sur ru

nvovl en quilnise iudf kuue femm rq

i veut se faire dun hmetsedete s/u dre

dans duui ooun dormir un homm r

esscfvmm / pl faut n rendre udlq u un diffur qecieefurtetlesl

Si l’on essaye de déchiffrer ce texte, on peut lire : »Prenez une paire de pijon, virezles 2 coeurs…tête de cheval… une kortfil winshient écu prenez une cuillièrede mielle… outre vous en faites une ongatmettez sur le passage de la……Prenez 2 liv cassé sur le cheminIl faut… toit à moitié couvépour empêcher une femme… vous n’avez

qu’à vous serrer la… pour veni

… épingle …juillet…

.. faire piter un chien turc un

… de la mer… bien sécher et sur

… qu’une femme qui

veut se faire d’un…

dans… dormir un homme

… faut en rendre… qu’un diffur… »

Ou bien la traduction est mauvaise, et alors on ne comprendrait pas qu’elle puisse faire apparaître des mots en français… ou bien il y fait lire ce cryptogramme à un autre niveau. Les pirates n’avaient pas besoin de littérature pour retrouver leurs trésors, tout au plus de quelques coordonnées.

C’est bien cela qu’il fallait chercher et un Réunionnais a été tout près de les trouver. Bibique, de son vrai nom Joseph Guy Germain Tipveau, en 1994, a apporté un nouvel indice dans cette quête de sens. Il s’est rendu compte qu’il y avait un lien entre le parchemin du pirate et la pierre exposée dans le hall de la mairie de la Possession. Cette pierre fut découverte dans la Ravine à malheur, sur le chemin Crémont – rebaptisé chemin des Anglais. Et Bibique d’écrire alors :

 » Quelque chose d’insolite m’a frappé : comment se fait-il que dans le cryptogramme de La Buse, on trouve seulement trois « A » pointus

alors que tous les autres sont carrés ? »

Il compare et se convainc que les « A » du texte sont de la même facture que ceux de la pierre. Sur la pierre, les « A » forment un triangle. Et Bibique, en grand amateur de trigonométrie, est alors convaincu qu’il suffit de tracer une bissectrice judicieuse pour trouver l’emplacement du trésor. Sauf qu’il faut d’abord retrouver l’emplacement originel de la pierre !

En 1923, à l’île Mahé, au sud des Seychelles, Mme Savy était propriétaire d’un terrain bordant la mer.

Un jour, elle découvrit des pierres sculptées baignant dans l’océan, comme il en existe tant dans les îles indiennes. Ce qui était étrange est qu’elle pouvait y distinguer des animaux gravés par la main de l’homme : chiens, serpents, tortues, chevaux, et des formes d’objets et d’êtres humains : une urne, des coeurs, une figure de jeune femme, une tête d’homme et un oeil monstrueusement ouvert.

Un ethnographe avança une suggestion : ces sculptures rupestres pouvaient se rattacher aux écritures idéographiques, indonésiennes et pascouanes, où l’on retrouve fréquemment le serpent et la tortue.

Mais pour le reste ? A quelle civilisation rattacher les formes humaines, les chiens, l’oeil, etc. ?

Tout se ratache mystérieusement au trésor de La Buse, mais aussi à celui d’un autre pirate : Butin Nagéon de L’Estang.

Les deux trésors étant peut être le même par voie de succession et de vol !

Jean-Marie

La Fin de Libertalia

L’orsqu’Olivier Misson quitte Anjouan , c’est avec 3 navires, 90 canons et 300 Anjouannais qu’il entre dans la  » Baie de la Liberté « . Carraccioli s’occupe de tous les plans concernant les constructions,notamment d’une  » Maison de Dieu  » ,qui tiendra lieu de culte unique pour toutes les religions,et pas de quartier Anglais,Français ou autre,tous seront mélangés au gré d’un tirage au sort pour la répartition des huttes et des logis.C’est la naissance de  » Libertalia », monde de liberté. Ses habitants s’appelleront les Liberi ou Libertaliens, et voici leur serment :  » Pour Dieu et la Liberté, tous frères et tous égaux  » ! C’est donc dans un souci d’égalité entre tous que le tirage au sort est aussi pratiqué pour les taches à accomplir. La population de Libertalia compte environ 400 ames dont une centaine de femmes. 4 mois plus tard,Olivier reprend la mer sur le Bijou avec 150 hommes, pour rallier d’autres hommes à leur cause et surtout pour ramener des armements pour défendre leur communauté. Pendant son absence, un Malgache, banni de la tribu des Antankaras,est capturé par ses compagnons. Carraccioli lui fait découvrir Libertalia, et le renvoit chargé de cadeaux pour son Roi, imaginant déjà ce que ce peuple pourrait leur apporter par le biais du troc : bétail, semences, épices ………

Olivier rentre alors de campagne, il ramène 15 canons, mais aussi du bois, des outils, des semences,une presse à imprimer…..et 200 à 250 Portugais qui refusent de se joindre à eux. Redoutant un soulèvement de ces hommes bien hostiles à leur nouveau système de vie, les Libéri les cantonnent dans un campement sous la surveillance de sentinelles et les utilisent pour le défrichement des terres et les constructions. A la recherche permanente d’hommes et d’armes, un des compagnons ,Pieter le Hollandais,reparti en campagne à bord du Bijou, croise au deuxième jour le brick noir de Thomas Littleton Tew et de ses 120 forbans. Il se dit alors qu’ayant un grand besoin de nouvelles  » recrues » , ceux-ci ,qui comptaient tout de meme 25 canons, feraient bien l’affaire. A leur arrivée dans la  » Baie de la Liberté « ,les membres du conseil se réunissent et bein qu’ils redoutent une traitrise de leur part,acceptent une forme d’alliance avec Tew et ses hommes. Tew accepte de défendre les intérets des Liberi mais refuse poliment de s’intégrer parmi eux. Olivier fait alors un marché avec lui : Tew reprendrait les campagnes et serait accueilli à Libertalia à chaque escale. Olivier paierait les armements et les hommes pris par Tew en eau douce et vivres . Tew conserverait l’or ,les bijoux,les pierres précieuses et profiterait d’un droit de bassin dans la Baie. Tew accepte et repart en campagne. Il ramène ainsi 18 canons, 35 hommes et 140 esclaves destinés à Bourbon. Mais les Libéri doivent résoudre le problème des Portugais, dont une demi-douzaine seulement a accepté de rallier leur cause. On les laisse donc repartir à bord de leur navire, en leur faisant jurer sur la Bible, de ne pas révéler durant un an l’emplacement de Libertalia. Entre-temps,le troc avec les Antankarars se poursuit. Cette fois-ci ,ils ont amené 50 tetes de bétail . Le prix d’un boeuf est alors de 2 hachettes, 1 couteau, 4 aunes de tissu bleu, 1 aune de tissu rouge et 10 grosses perles de verre. Les Malgaches leur fournissent également des esclaves, mais lorsque les Libéri les achètent ,les libèrent et les traitent en égaux, c’est l’incompréhension. Le Roi Antankara décide donc d’envoyer à Libertalia des hommes censés rallier la cause des Liberi, mais qui sont en fait des chasseurs expérimentés qui auront pour role d’observer et rendre compte. A peine débarqués à Goa, un comptoir Portugais sur la cote des Indes, les Portugais relachés par les Liberi renient leur parole, allant meme jusqu’à se porter volontaires pour guider les leurs, dans une expédition punitive, jusqu’à Libertalia. Tew, à nouveau de retour de campagne, ramène derrière lui un immense bateau contenant 110 canons et une centaine de jeunes filles agées de 13 à 18 ans. C’est une très belle prise !! Il garde cependant 6 des jeunes filles à bord du brick,pour éviter, dit-il, que ses hommes ne se jettent sur la totalité ! Et puis, ce sont 6 jeunes filles qui n’ont pas froid aux yeux ! Pour prouver sa bonne foi aux Libéri, il ne se fait d’ ailleurs pas payer les autres et les 110 canons, d’autant plus qu’il avait pris dans cette campagne tant d’or et de bijoux, qu’il pouvait se le permettre ! Il pousse meme le vice jusqu’à inviter les Libéri ,qui le souhaitent, à  » visiter » les 6 jeunes filles à bord du brick,tant et si bien que le navire se transforme rapidement en sorte de maison close dont il devient le tenancier ! Pendant ce temps,les Portugais arment 5 navires remplis de boulets et chargés de soldats, déterminés à faire disparaitre ces corsaires. Les navires mettent alors le cap sur Libertalia, et ils attaquent. La bataille est assez courte, les Libéri la remporte haut la main. Ils font plus de 800 prisonniers et récolte un gros chargement d’armements. Carraccioli veut alors négocier avec le souverain Portugais. Voici le marché qu’il propose : les Libéri n’attaqueront plus les navires Portugais, si ceux-ci promettent en contre-partie de ne pas chercher à leur nuire et de cesser le commerce des esclaves. Et les Portugais repartent avec ce message, exceptés deux d’entre eux ,deux hommes qui avaient été capturés par Olivier Misson et qui avaient renié leur parole en menant la flotte Portugaise jusqu’à la  » Baie de la Liberté » . Ces deux hommes seront pendus. Se pose aussi le problème de Tew et de ses forbans qui sèment la zizanie. Le conseil Libertalien décide de les renvoyer en campagne ! Se sentant maintenant suffisamment armés et capables de se défendre ,les Libéri pensent en fait leur refuser l’accès à leur retour en les combattant s’il le faut. Mais Tew,rusé et méfiant, comprend la manoeuvre et demande donc à laisser les jeunes femmes et les « malades » à terre. Et à nouveau, sur la cote des Indes, les Portugais préparent une seconde expédition punitive. Et Tew,parti à Antongil, tente de recruter des hommes pour préparer son retour en force. Les  » malades  » ,qu’il a laissé à Libertalia, sont rapidement rétablis et poursuivent à terre le commerce des charmes des 6 jeunes filles auprès des Libéri. Le conseil Libertalien, dont Olivier Misson a été nommé Secrétaire d’Etat et Angelo Carraccioli, le Grand Conservateur de la République, se voit donc dans l’obligation de voter des lois afin de faire respecter l’ordre et la morale. Et c’est pendant la réunion de ce meme conseil, que tout à coup l’alerte est donnée. Les Libéri se demandent alors qui lance cette attaque : les Portugais ? Tew et ses hommes ? Ce ne sont ni les uns, ni les autres . Ce sont des milliers de Malgaches qui attaquent, et c’est une véritable invasion ! Les Libertaliens ont toujours redouté une attaque par la mer et c’est donc dans ce sens que les canons sont orientés. Ils n’ont jamais craint une attaque terrestre, alors que faire contre ces milliers de guerriers armés de sagaies, d’arcs et de flèches, sinon fuir vers les navires ? Combien y eut-il de survivants et s’il y en eut, que sont-ils devenus? Après la mort de Carraccioli, Misson aurait repris la mer et aurai disparu à jamais.

La légende de Libertalia

Novembre 1695, un navire forban fait escale à Bourbon et y débarque  » 70 flibustiers cousus d’or et d’argent « . Il s’agit du célèbre pirate Henry Avery.

Avery commande le vaisseau de guerre le Francy, autrefois le Charles II, son équipage s’est mutiné à la Corogne en Espagne. Ces marins n’avaient plus touché de solde depuis huit mois et s’enfuirent avec leur navire de ce port le 7 mai 1694 sous le commandement de leur second, Henry Every. En juin 1695, Avery qui est devenu un redoutable pirate se trouve avec son équipage de 170 hommes, dont 104 Anglais, 14 Danois pris dans le golfe de Guinée et 52 Français, en mer rouge. Le Francy est rejoint par les navires pirates : – le Dolphin commandé par capitaine Richard Want, – le Portsmouth Adventure, capitaine Joseph Faro, – le Susanna de Boston commandé par Thomas Wake, – le brigantin The Pearl, capitaine William Mayes et – le sloop The Amity capitaine Thomas Tew. Les pirates réunies décident d’attaquer un convoi de vingt-cinq navires qui devait sortir de Moka pour retourner aux Indes. Every prend d’abord en chasse le plus petit, Le Fateh Mohamed, qui n’oppose qu’une faible résistance. Il n’a tiré que trois coups de canon : les flibustiers prennent 50 000 ou 60 000 livres en argent et en or dans ce vaisseau. Le second, beaucoup plus imposant de taille, Le Gang-I-Sawai, ne se rend qu’après trois heures de combat. La prise dépasse de loin leurs rêves les plus fous. C’était, parait-il, le plus grand vaisseau de tout l’empire du Grand Moghol. Il transportait de nombreux passagers revenant du pèlerinage à La Mecque, dont plusieurs hauts dignitaires de la cour du grand Moghol et un certain nombre de femmes et de jeunes filles. «Ils prirent dans ce vaisseau tellement d’or et d’argent en monnaie et en vaisselle qu’avec ce qu’ils avaient pris avant, la part de chaque homme monta à 1000 livres. » Après avoir transbordé ce trésor, ils laissèrent aller leur prise. Nos heureux pirates étaient maintenant suffisamment riches pour vivre dans l’abondance le reste de leurs jours. Cependant, ils ne parviennent pas à se mettre d’accord sur leur lieu de retraite, Every et ses hommes voulant aller à l’île de New Providence, aux Bahamas ; mais ni les Danois et encore moins les Français ne voulaient être débarqués en pays ennemis. Les Français proposent de descendre à Cayenne : ce que refuse catégoriquement Every. Finalement, pour éviter la mutinerie, ce sera l’île Bourbon. On y arrive vers novembre 1695 où « tous les Danois et tous les Français furent mis à terre avec leur part de butin s’élevant à 970 livres par hommes ». Environ 66 flibustiers débarquent. C’est Jean-Baptiste Bidon qui prit sur lui de les admettre dans la colonie, ce sans consulter « les six élus habitants du quartier St-Paul ». En conséquence, les flibustiers restèrent cantonnés dans les quartiers de Sainte-Suzanne et de Saint-Denis et commencèrent à y faire couler leur or. Certains des pirates laissés à Bourbon par Avery décidèrent de s’installer dans l’île. Le Directoire n’a ni les moyens et ni la volonté de s’opposer à leurs l’installation dans l’île. Le manque d’armement et l’absence d’une véritable armée expliquent sans doute que tous ces hommes aient pu faire souche à Bourbon. Parmi les marins qui se sont installés pour de bon dans l’île, nous retrouvons : – Victor Riverain. – Etienne Le Baillif. – François Boucher. – Jacques Huet. – Jacques Picard. – Turpin. – Claude Ruelle. – René Le Pontho. – Henri Grimaud. – Jan Van Hessche. – François Garnier. – Antoine Brulot. – François Aubert… Quand à ceux débarqués de force, ils s’attelèrent à la construction d’un bâtiment pour continuer leur sinistre carrière. 1693, l’île Bourbon est au plus mal, une île totalement abandonnée par la France. Car suite au naufrage, le 31 décembre 1689, de son vaisseau, le Saint-Jean Baptiste, au large de l’île, la Compagnie des Indes avait décidé de ne plus desservir Bourbon. Les forbans font escale ouvertement, sachant les préférences des colons pour les cotonnades et l’arack de l’Inde aux tissus et eau de vie de la Compagnie.Ayant tenté de faire preuve d’autorité, le gouverneur de Bourbon Michel Firelin est pris à partie par les colons irascibles. . En 1700, un esclave vaut 300 livres, une femme esclave 200 livres et un négrillon 150 livres. (1 livre de 1700 vaut environ 0.650 grammes d’or soit environ 200 grammes pour l’homme, à 30€ le gramme actuel cela fait 6 000€, 4 000€ et 3 000€) 8 avril 1706, l’ escadre du baron de Pallières, quatre navires arrive à Bourbon. Le commandant la Houssaye arrive en rade de Saint-Paul, a bord de l’Aurore, navire de 44 canons et 210 hommes d’équipage. C’est le quatrième séjour de la Houssaye à Bourbon. Deux autres navires l’Agréable et la Mutine mouillent en rade de Saint-Paul, le quatrième le « Saint-Louis » aborde à Saint-Denis.   9 avril 1706, un autre navire aborde à Saint-Paul, un énorme vaisseau de 70 canons et 350 hommes d’équipage ! Un navire pirate. Il a besoin de rafraîchissements. Le gouverneur Jean-Baptiste de Villers, quitte Saint-Denis pour se rendre à Saint-Paul en compagnie de Jean de Feuilley et règle très vite les besoins du navire forban. Il lui fournit tout ce dont il a besoin et reçoit en contrepartie un paiement plus que substantiel. Presque tous les pirates se trouvent à terre, et, devant une telle puissance de feu et d’argent, qu’est-ce que le gouverneur peut leur refuser. 1709, Bourbon compte 387 esclaves pour une population totale de 894 habitants, chiffre du recensement commencé en 1708 et achevé en 1709. L’île est toujours fréquentée par les corsaires, Bourbon sert à blanchir l’argent provenant des rapines des forbans. Le trafic est en effet fructueux avec les flibustiers qui fond l’aiguade discrètement dans les eaux bourdonnaises.   12 novembre 1720, un vaisseau Anglais le Crooker, arrive à Saint-Denis. Le capitaine Baker se dit chargé d’une mission par le pirate Thomas Congdom négocier l’amnistie offerte par le Roi de France aux forbans pour lui et son équipage, en effet le pirate Congdom après la prise d’un vaisseau arabe qui lui rapporte 1,3 millions de roupies, décide de prendre sa retraite. Baker précise, devant le Conseil provincial réuni par le gouverneur de Bourbon Joseph de Beauvollier de Courchant, qu’il amènerait en sus 60 esclaves de Guinée et qu’en cas de refus, il attaquerait Bourbon. Le Crooker repart le 30 novembre 1720 avec la réponse du Conseil provincial, Bourbon accepte d’accueillir les forbans. En retour, les pirates doivent déposer  » leurs armes et munitions de guerre et renoncer pour toujours à leur désordre, de garder fidélité au Roy de France dont ils se reconnaissent les sujets « . Moyennant cela, ils pourront se retirer  » sous le gouvernement de Bourbon où ils jouiront des mêmes avantages, droits et prérogatives des habitants de cette isle sans distinction « . De Courchant veut transformer cette calamité en aubaine. Il organise les conditions d’accueil des forbans chez l’habitant contre rémunération.  » Chaque forban devra donner 15 piastres pour son logement et sa nourriture ; s’il a un noir, il devra donner 5 écus de plus. « L’habitant qui loge un ou plusieurs forbans leur fournira à chacun un lit convenable garni au moins d’un bon matelas, d’un oreiller avec sa souille et d’une couverture ; ces lits doivent être dans une caze ou de bois ou de feuilles construite de manière qu’elle soit pour le moins distinguée de ce qui se nomme hangar ou ajoupa et que les injures du temps ne le puissent pénétrer « . Chacun redoute l’arrivée de 135 pirates sanguinaires sur l’île et les volontaires pour l’accueil son peu nombreux. Le gouverneur est obligé, le 22 janvier 1721, de désigner autoritairement 36 habitants qui recevront les 135 pirates. Finalement, à leur arrivée début février 1721, ils ne sont que 32, dont le fameux Congdom. La vue du faible nombre d’hommes et la profusion d’or changera l’attitude de la population. Les pirates seront accueillis à bras ouvert. Tout cet or circulant dans l’île crée une économie artificielle où les prix deviennent extravagants. Cet exemple est révélateur de l’intégration réussie des forbans dans l’île. Il faut dire que ce sont bien souvent eux qui introduisent du numéraire à Bourbon, soit en s’installant fortune faite, soit en achetant des vivres ou des armes aux habitants. Congdom partira pour la France en novembre 1722, sur la Vierge de la Grâce. 22 janvier 1721. Le gouverneur Joseph de Beauvollier de Courchant désigne autoritairement 36 habitants pour recevoir 135 pirates. Les pirates ont négociés le 12 novembre 1720, leur installation à Bourbon suite à une amnistie offerte par le Roi de France. Finalement, à leur arrivée début février 1721, ils ne sont que 32, dont le fameux Congdom. La vue du faible nombre d’hommes et la profusion d’or change l’attitude de la population. Les pirates sont accueillis à bras ouvert. Tout cet or circulant dans l’île crée une économie artificielle où les prix deviennent extravagants. Cet exemple est révélateur de l’intégration réussie des forbans dans l’île. Il faut dire que ce sont bien souvent eux qui introduisent du numéraire à Bourbon, soit en s’installant fortune faite, soit en achetant des vivres ou des armes aux habitants.   20 avril 1721. Le navire la Vierge du Cap ‘ Virgen de Cabo ‘ fait escale à Bourbon. Ce navire de 800 tonneaux avec ses 70 pièces de canons, navire amiral de la flotte Portugaise venant de Goa ( Malabar ) voguait vers Lisbonne ( Portugal ). Pris dans une tempête, le vaisseau portugais est contraint de relâcher dans le port de Saint-Denis pour réparer ses très importantes avaries : sa mature et son gouvernail sont endommagés, sa coque a souffert, il ne lui reste plus qu »une vingtaine de canons seulement, les autres, près d’une cinquantaine, sont passés par dessus bord pendant la tempête ou sont inutilisables. Le navire transporte une très riche cargaison d’or, d’épices, d’étoffes, de bois précieux, des pierres fines, des bijoux d’or ou d’argent… ainsi que des passagers de marque. En effet, Luís Carlos Inácio Xavier de Meneses, comte d’Ericeira, vice-roi des Indes est à bord, ainsi que Dom Sebastian de Andrado, archevêque de Goa. La Vierge du Cap mouille donc à quelques encablures dans la rade de Saint-Denis, arrimée fermement à ses 2 ancres massives. Une chaloupe est mise à la mer et le Gouverneur de Goa descend à terre, invité à dîner par le Gouverneur de Bourbon Joseph de Beauvollier de Courchant. Pendant les jours qui suivent, l’équipage et les charpentiers marins s’affairent à réparer le navire. Les charpentiers découpent des pièces de bois afin de consolider la structure de la coque et le gouvernail, les gréements du navire ayant également soufferts, les matelots s’occupent activement à la réparation des voilures, le cordage usé est changé et les mâts endommagés sont remplacés par du bois transporté depuis l’île. A ce moment là, Le navire est un véritable enchevêtrement de charpentes marines, la Vierge du Cap est incapable de la moindre manoeuvre. Pendant une vingtaine de jours, le navire est immobilisé tandis que s’affairent les charpentiers. La majorité de l’équipage est à terre ainsi que le vice-roi et l’archevêque qui bénéficient tous deux de l’hospitalité du gouverneur.   Le 26 avril 1721, deux voiles sont aperçues à l’horizon. Prévenu et en proie à un sombre pressentiment, le comte d’Ericeira regagne en hâte la Virgen de Cabo avec une demi-douzaine de compagnons. Les deux navires arborent le pavillon britannique. La foule se masse sur la plage de Saint-Denis tandis que les intrus se rapprochent. Arrivés à portée de tir, les deux navires hissent le pavillon noir. Ce sont en effet des pirates, comme le craignait le comte d’Ericeira, et pas n’importe lesquels. Le premier navire est l’ex-Cassandra capturé de haute lutte sur les Anglais, lors du combat d’Anjouan. Il a été rebaptisé en Fantasy par le capitaine John Taylor, son nouveau commandant ; il est armé de 38 canons et compte 280 hommes d’équipage. Le second navire, le Victorieux est dirigé par l’associé de Taylor, le Français Olivier Levasseur, dit La Buse. Il y a 36 canons et 200 hommes à bord. Face à ces prédateurs maritimes, il n’y a qu’un bateau à l’ancre, servis par une poignée de marins : le gros de l’équipage est en effet mêlé à la foule sur la plage et ne peut qu’assister impuissant à la tragédie qui s’annonce. Les pirates ouvrent le feu ; galvanisés par le comte d’Ericeira, les Portugais répliquent. Ce qui devait s’annoncer comme une victoire facile devient un combat acharné. Taylor décide d’en terminer et tente l’abordage ; les hommes du comte d’Ericeira accueillent les assaillants à coups de mousquets, de pistolets, de haches et de sabres et les repoussent malgré leur supériorité numérique. Le Fantasy s’éloigne et les échanges de bordées reprennent. Â bord de la Vierge du Cap, la situation est désespérée et les munitions viennent à manquer. La mort dans l’âme, le vice-roi doit admettre sa défaite et il fait amener son pavillon. Les pirates découvrent alors le butin du Vice-Roi de Goa, de l’Archevêque et des prêtres revenant des Indes. Olivier Levasseur, capitaine du Victorieux prend dès lors le commandement de la Vierge du Cap. Il descend à terre et déclare le comte Ericeira, vice-roi de Goa son prisonnier. Le pirate exige une rançon pour la libération du vice-Roi. Le gouverneur de Bourbon, refuse de payer. La Buse ayant pris en sa possession le trésor de la Vierge du Cap dont une croix incrustées de plus de dix kilogrammes de diamants laisse finalement libre le Vice-roi sans aucune rançon. Depuis le port de Saint Denis, le Vice-roi assiste à la prise du commandement de son propre vaisseau. Après la prise, La Buse prend en remorque la Vierge du Cap, tandis que Taylor plus rapide, gagne la rade de Saint Paul. Olivier Levasseur après être passé devant la Ravine à Malheur à faible allure rejoint Taylor 4 jours plus tard.   Le 30 avril en fin de journée, le Victorieux et le Cassandra attaquent et prennent le Ville d’Ostende en Rade de Saint-Paul. Après cette nouvelle prise ils reprennent la route vers l’île Sainte Marie à Madagascar.   En décembre 1721, John Taylor et Olivier Le Vasseur prennent et incendient le navire la Duchesse de Noailles, un vaisseau de ravitaillement des Mascareignes en vivre et esclaves. La colère du Gouverneur de Bourbon envers les pirates n’en fut que renforcée.   25 janvier 1724, le pirate, John Clayton, donne des nouvelles du célèbre pirate Olivier le Vasseur dit La Buse, celui-ci demande au Gouverneur Desforges Boucher la clémence accordée aux pirates, charte de clémence offerte par le Roi de France. 7 juillet 1730, le capitaine pirate Levasseur, dit la Buse est exécuté. Capturé à Madagascar, dans la baie d’Antongil en avril 1730. Il s’est simplement jeté dans la gueule du loup en montant à bord du navire de la Compagnie des Indes chargé de l’interpeller, La Méduse du commandant D’Hermitte. Quand la Méduse aborde, La Buse s’imagine oublié, rangé des navires, amnistié de fait. Il n’en est rien. Jeté aux fers, il est débarqué à Saint-Denis où il est reçu par le gouverneur Pierre Benoît Dumas.   Le nouveau gouverneur tient à tourner une page d’histoire en mettant à mort la dernière grande figure vivante de la piraterie. Le 7 juillet jugé notamment pour l’abordage de la Vierge du Cap en rade de Saint-Denis en 1721, La Buse est condamné à la potence. La sentence fut exécutée le 7 juillet 1730 à 17 heures. On lui tend une torche qu’il est censé tenir à la main en demandant pardon au roi, Olivier Le Vasseur dédaigne ce chandelier incongru, et jette à la foule le parchemin qu’il gardait serré dans sa main et il hurle  » A celui qui découvrira mes trésors ! Le cadavre resta sur le gibet pendant 24 heures, puis exposé au bord de la mer. La Buse fut inhumé à Saint-Paul.    

Libertalia, une République utopique au temps des pirates

Libertalia 

Légende, Mythe, Réalité ?

Aux Rêveurs … Il en reste!!!!

Dans le Nord de Madagascar, une baie avec une situation exceptionnelle, la  2eme du monde après la baie de Rio, la baie de Diego-Suarez, au fond de cette baie 2 ports : 1 Port de commerce et 1 port militaire avec un arsenal et une grande cale sèche.

La baie de Diego-Suarez fut découverte par 2 marins Portugais à 6 ans d’intervalle. DIEGO DIAZ (1500) et Hermann SUAREZ(1506) qui donnèrent leurs noms à cette Baie.

J’ai vécu dans cette ville plusieurs années où j’étais Commandant de Port et pilote Maritime (il y a 35 ans) .

J’avais entendu parler d’un fait historique qui se serait déroulé au 17ème siècle vers 1685, une légende, un mythe peut être … J’ai consolidé ce travail par la lecture de plusieurs ouvrages et par Internet.

Cette introduction est destinée à planter le décor …

Avec cette situation la Baie de Diégo-Suarez, ne pouvait pas rester longtemps enRADE  … DE L’ HISTOIRE.

Depuis les premiers récits de navigation maritime, on relate des rencontres douloureuses avec ces diables de mer que sont les pirates.

Alors pourquoi raconter UTOPIA-LIBERTALIA ?

Parce que l’histoire traditionnelle n’a pas retenu le fait, que des individus brutaux et sanguinaires, ayant pour la plupart renié leur patrie et dont la tête était mise à prix, essayeraient de mettre en forme une société plus juste.

Parce que c’est, en réalité, l’histoire de 2 pirates « philosophes » et que l’action se situe à l’écart des sociétés dites civilisées, à Madagascar et plus précisément dans la Baie de Diégo-Suarez, une des plus grandes et une des plus belles et la mieux abritée du monde et pour l’époque très isolée.

Nous sommes vers 1680, Olivier MISSON, gentilhomme français, jeune aspirant, issu d’une vieille famille provençale, ayant reçu une excellente éducation, épris d’utopie, obtint d’embarquer sur la frégate « La Victoire » que commandait un de ses oncles, Monsieur de Forbin.

Lors d’une escale dans le port de Naples, au cours d’une visite à Rome il rencontre un prêtre dominicain de mœurs et d’esprit libre, imprégné de mysticisme : Angelo CARACCIOLI. Ce moine, séduit par des idées d’avant garde, étant lui même théoricien de « Libertad » . MISSON  grâce  à sa parenté avec le Commandant,  le fait embarquer sur la « Victoire » comme grenadier du roi.

La « Victoire »ayant l’ordre de se rendre aux Antilles. Les traversées étaient longues et laissaient du loisir. Les deux amis les passaient en conversations nourris. Les idées de CARACCIOLI : Une sorte de déisme libertaire, qui dénonçait l’inégalité, la nature de la monarchie, se mêlaient à la fougue de MISSON et son goût pour l’aventure. Ils commencèrent à prêcher leur évangile près de l’équipage.

En vue de la Martinique, la « Victoire » est attaqué par un vaisseau Anglais le « Winchelsea », le combat est terrible échange de bordées de coups de canons qui font des dégâts aux deux navires. A cette époque seuls les officiers supérieurs avaient accès à la dunette. Les deux navires manœuvraient pour se mettre en parallèle, l’anglais se rapprochait et n’était plus qu’a trois encablures puis une, quand le capitaine du « winchelsea » commanda le feu des mousquets de ses fusiliers, en visant la dunette de la « Victoire ». Le capitaine Forbin, le second capitaine et les deux lieutenants furent fauchés par cette rafale.

L’équipage, que pas une balle n’avait touché, resta les bras ballants fasciné par la dunette vide. La « Victoire » n’avait plus de tête.

Au même moment, poussé par un coup de barre brutal, la « Victoire » infléchit sa route, se rapprocha de l’Anglais et un cri retentit  « Feu » les canons crachèrent leurs boulets à bout portant, un boulet traversa la soute à munitions du « Winchelsea » qui explosa, du vaisseau Anglais il ne restait plus rien .

Stupeur de l’équipage, mais qui avait manœuvré le navire et commandé le feu. Ils se tournèrent vers la dunette et vire le jeune aspirant MISSON à la barre. Comme aspirant il n’avait pas le droit à la dunette et de ce fait échappa donc au massacre. Les matelots levaient les yeux vers lui. Et maintenant qu’est ce qu’on fait se demandaient-ils ?

La « Victoire » était victorieuse, mais ayant perdu tous ses officiers et une partie de son équipage, les survivants de « La Victoire » se consultèrent, ils décrètent de dire merde aux amiraux et même au Roi Louis, ils ne veulent pas rentrer à Lorient,  quitte à devenir des hors- la-loi et qui irait les chercher ? . Ils élisent MISSON comme Capitaine ,seul officier survivant et courageux, et le moine CARACCIOLI, comme Lieutenant.Ainsi commença une aventure peu commune. Je cite un extrait du livre des Pirates du Capitaine Charles Johnson, publié à Londres en 1724.

« MISSON prit la parole devant tout l’équipage : Notre cause est une cause noble, courageuse, juste et limpide : C’est la cause de la Liberté. Je vous conseille comme emblème un drapeau blanc portant cette devise :

A DEO A LIBERTATE – PAR DIEU ET LA LIBERTE 

Et c’est ainsi qu’ à contre-courant ,ces deux là, vont essayer de faire pousser les fleurs de Liberté, Egalité, et de Fraternité , entourés d’individus dont, on s’en doute, de telles préoccupations n’effleuraient pas l’esprit.

Il semble que c’est aussitôt après avoir le commandement de la « Victoire » que MISSON va proposer à l’ex-moine CARACCIOLI d’établir la Liberté dans le monde.

Abandonnant les Caraïbes pour l’Océan Indien et, plus précisément, pour les Comores, MISSON, s’empare en cours de route dans le Golfe de Guinée de 2 vaisseaux hollandais dont le « Nieuwstaak » chargé d’esclaves noirs, ce fut l’occasion pour le capitaine MISSON de définir sa doctrine sur l’esclavage et d’interdire le commerce des être humains.

« Aucun homme n’a de pouvoir sur la liberté d’aucun autre. » affirma MISSON « Je désire que ces hommes s’intègrent à nous, qu’ils prennent conscience des obligations qu’ils ont envers nous et réciproquement défendent notre justice, notre liberté, et notre humanité ».

C’était bien évidemment contraire aux normes de l’époque mais l’équipage accepta chaleureusement, les esclaves furent libérés. Près du Cap de Bonne Espérance, ils capturèrent un navire Anglais tout neuf  avec 32 canons,  et selon son habitude MISSON  proposa à l’équipage de servir sous ses ordres. CARACCIOLI réparti au mieux ces gens venus d’horizons différents et pris le commandement de ce navire qui s’appellera le « BIJOU ».

Avec ces 2 navires, le capitaine MISSON, mouilla près de l’île Mohéli aux Comores, où ils restèrent plusieurs mois, et plusieurs y prirent femmes .Par la suite MISSON décida de reprendre la mer en direction de Madagascar. Le long de la côte du Mozambique, ils capturèrent un navire Portugais armé de 60 canons et d’une cargaison de 6 millions de poudre d’or.

Et c’est ici que commence l’histoire de la 1ere République avant notre révolution de 1789.

UTOPIA OU LIBERTALIA

Nous sommes arrivés à Diego-Suarez vers les années 1685 où 1690 ( Les archives font défaut et c’est à travers les récits de marins rescapés que l’on a pu connaître cette histoire.)

Les 2 navires franchissent l’étroite entrée de la baie de Diego-Suarez ( en effet la baie communique avec la mer que par une passe de 400 mètres de large). En entrant dans baie, ils jettent l’ancre. La baie se révèle être un abri extraordinaire. Le capitaine MISSON débarque, le sol lui parait fertile, l’air sain, une rivière y coule, la forêt est proche. Il juge que c’est une position parfaite pour des pirates et un site enchanteur pour une colonie vertueuse. Il décide de se fixer et s’en ouvre à ses compagnons, tous sont d’accord et on édifie la 1ere République «  LIBERTALIA ». MISSON ET CARACCIOLI convainquirent l’équipage de fonder la société idéale. Cette colonie aurait été bien plus qu’un simple asile pour pirates et flibustiers : c’était une véritable utopie politique, sociale et philosophique, l’équivalent moderne de l’Atlantide ou de l’Eldorado, et le précurseur des phalanstères du siècle suivant.

Ses membres, dont le nombre s’est augmenté à chaque prise, par le ralliement d’une grande partie des équipages, comprennent des Français, des Anglais, des Hollandais, des Portugais, des anciens esclaves libérés, des femmes passagères                          des vaisseaux capturés, des Comoriennes qui ont suivi les marins.Son peuple portera désormais le nom de « Libéri », des hommes et des femmes libres et la République s’appellera « LIBERTALIA » le pays de la Liberté.Tous ont les mêmes droits et le même statut. Ils vont bâtir un monde nouveau, un monde différent, un monde de la liberté, sans roi ni maître !!! Tous fiers et égaux, tous unis pour le bien de tous , 10 nations en une seule. C’est une façon de dire à tout le monde :

« FICHEZ NOUS LA BAIE !!! »

Ils mettent au point une langue internationale (le principe de l’Espéranto est trouvé). Ils s’appellent entre eux Frères.

200 ans avant notre Frère JOFFRE, dont la statue domine encore la Baie, le Capitaine fait placer à l’entrée de la Baie 40 canons, et dans la Baie sur des navires capturés des canons braqués vers la passe. Ils sont donc solidement protégé contre des attaques éventuelles venues de la mer. Ils peuvent ensuite en toute tranquillité édifier une ville nouvelle.

Le Nord de l’île de Madagascar était à cette époque peu peuplé, du moins le pensait-on . Les tribus malgaches se faisaient la guerre, néanmoins des contacts s’établissent avec une tribu Sakalave la plus proche, des échanges se font : étoffes, haches, pacotille etc….. contre de la nourriture bœufs, cabris, riz etc……

Les hommes libres se sont organisés en groupe de dix chacun, et dans chaque groupe ils ont choisi un représentant pour décréter des règles et des lois devant régir « LIBERTALIA »

Des structures nombreuses sont établies dans l’enclave et après avoir érigé la maison du parlement et une église ou temple œcuménique, chacun aide chacun a construire sa demeure. On construit un port, un débarcadère, un chantier de réparations de bateaux, on reconstruit la « Victoire » qui se faisait vieux. Le trésor et les troupeaux sont répartis et chacun devient propriétaire de la terre qu’il cultive. L a communauté devient prospère, les champs défrichés sont ensemencés, on achète des bœufs aux malgaches.

Mais la plupart sont avant tout des marins et beaucoup continuent les activités de pirates avec des équipages élus et des navires légers. Européens et noirs équitablement répartis(dit le chroniqueur de l’époque) selon ses compétences. Car  MISSON,  décrète une égalité absolue entre toutes les races, il symbolisme son antiracisme en mélangeant dans les assemblées, et selon des dosages précis, les diverses couleurs de peau «  Sem, Cham avec Japhet ».Les entrepôts se remplirent d’or et de marchandises .

A l’occasion d’une course difficile, MISSON capture un important navire portugais mais il manque d’y laisser la vie et perd le tiers de son équipage. Cependant la prise était bonne : or, marchandises diverses  etc….

Au retour, il croise un brick commandé par un célèbre pirate : le capitaine anglais TEW qui, manifestement en état d’infériorité, par prudence et logique, refuse le combat et accepte d’intégrer la communauté. Ce capitaine deviendra par la suite l’Amiral de « LIBERTALIA » et le 3ème personnage de la République.

En ce qui concerne le navire portugais, MISSON donne le choix à l’équipage de rester ou de repartir après avoir fait promettre à chacun de ne jamais révéler l’emplacement de « LIBERTALIA »et de ne jamais prendre les armes contre lui.Excès de confiance envers la nature humaine ? on le verra plus tard.

Une querelle faillit opposer l’anglais TEW à  MISSON. Afin d’éviter de tels affrontements, il est décidé de donner des lois à la colonie et d’élaborer une constitution. Les responsables sont élus sans distinction de nationalité, de couleur où de race. A l’autre bout du monde, isolés, loin des états dits civilisés, grâce à une presse à imprimer, trouvée sur un navire saisi, les imprimeurs couchent noir sur blanc les lois votées et les responsables les font appliquer comme dans tout état moderne.

Il serait fastidieux d’énumérer les captures des uns et des autres (MISSON,TEW, ou d’autres capitaines). Les équipages capturés pouvaient choisir d’intégrer la République, ils apprenaient la langue et bien évidemment appliquaient les lois et les règlements , les esclaves étaient libérés.

La communauté de « LIBERTALIA » est de plus en plus riche et prospère. Mais pour un pirate les mots « Futur »et « Espoir » n’ont guère de sens.Un événement important eut lieu : Le retour à GOA du navire marchand portugais qu’on avait cru, depuis longtemps,  perdu en mer. L’histoire de l’étrange captivité des matelots fit le tour des comptoirs. Les autorités voulurent en savoir plus ; la présence si proche d’un nid de corsaires presque aussi fortifié que Goa lui même, ne laissaient pas d’être inquiétante.. Le gouverneur craignait pour ses navires qui allaient devenir la cible préférée des écumeurs de mers.

Le capitaine marchand portugais résista à toutes les pressions. Il avait donné sa parole, disait-il, et ne la renierait pas ; Il voulait bien décrire la ville, le port, parler de l’étonnante philosophie de ses geôliers, mais il ne dirait pas où se de trouvait la baie ni comment elle était défendue.Mais tout le monde n’est pas gentilhomme. D’autres ne refusèrent pas de révéler que la Baie était au Nord de Madagascar. Il s’en trouva même pour proposer de guider la flotte de représailles dés qu’elle serait rassembléeA bord du plus grand des vaisseaux portugais le commodore qui commandait la flottille de 5 navires comprenant 1000 hommes d’équipage, 600 fusiliers, 250 canons  et se sentait de taille à forcer tous les blocus . ce serait la plus belle pendaison qu’on aurait jamais vue….

Le commodore portugais était persuadé qu’une bonne charge bousculerait la racaille qui défendait l’endroit. Et son optimisme se confortait  du fait que les navires pirates n’étaient pas sortis à sa rencontre. Il pensait donc les prendre au nid.

Nous avons vu que le dispositif militaire était très efficace. Dès que les navires franchirent la passe ils furent copieusement arrosés par les canons. Ceux qui réussirent malgré tout à passer furent piégés dans cette nasse car d’autres canons les attendaient dans la rade. Échec total : navires coulés ou endommagés, 800 prisonniers, fort peu de blessés, la bataille avait été courte.Le commodore vaincu, comprenait, maintenant qu’il avait vu la ville, les réticences du capitaine marchand, quand on l’avait interrogé. Ce n’était pas un nid de vermine qu’il avait sous les yeux, mais une curieuse colonie, à la fois guerrière et idéaliste. Mais, là encore, l’indulgence pour les prisonniers fut de rigueur, à l’exception des parjures qui furent pendus.

Après plusieurs années le port se garnissait de navires, la ville nouvelle, devenue une vraie ville, prenait de l’ampleur. La colonie était plus florissante que jamais 1500 habitants environ.

Il y eut des naissances et le capitaine CARACCIOLI, veillait déjà à faire imprimer des abécédaires libertaliens destinés à ces petits et à leurs parents dont la quasi totalité était analphabète. « l’instruction, répétait-il sans cesse, est la base de tout progrès. »

On le croyait d’autant plus volontiers que c’est grâce à ce qu’il avait lu, appris, médité, lui, le philosophe, qu’on était là bien enracinés dans cette ville, au lieu de risquer sa peau en d’incertaines batailles.

L’amiral désirait repartir en campagne avec la flotte afin de recruter des colons à l’Ile de la Réunion, il fit route sur les Indes ………….

La forêt en arrière de la ville retentissait de mille bruissements. Des yeux des oreilles exercés, auraient remarqué la fuite des oiseaux, l’inquiétude du bétail.

Mais tous les regards étaient tournés vers « LIBERTALIA » les lois de « LIBERTALIA », les canons de « LIBERTALIA ».

Et peut être n’était-ce que le vent qui faisait frémir les buissons ?A l’orée de la forêt, les malgaches étaient prêts. Le neveu du roi de la tribu des Antakaras, ce grand guerrier qui avait su réunir les autres tribus en faisant miroiter la richesse de la colonie et savait par des espions, qu’il envoyait faire du commerce avec les Libertaliens, que les navires étaient partis en mer et que la ville avait beaucoup moins d’hommes.

Chacun vaquait à sa tâche, quand soudain le canon tonna. Ce n’était pas midi, c’était l’alarme. Tous bondirent vers la mer. la Baie était vide, les cris venaient d’ailleurs.  Les Malgaches !!!! … comment avaient ils pu approcher sans être vus ? Toutes les hauteurs en étaient couvertes. Ils étaient des milliers et aujourd’hui, ils ne venaient pas pour négocier. Déjà ils prenaient la ville à revers.

Les Libertaliens furent surpris … Pas un canon tourné vers la terre … Déjà ils se reprochaient d’avoir protégé l’entrée de la baie et d’avoir oublié les menaces de la terre. Qui auraient cru que des porteurs de bâtons, des sauvages presque nus, pouvaient représenter une menace !!!!!!!

Et voici que les sauvages attaquaient avec une telle force qu’ils semblaient pouvoir tout renverser. L’ennemi était bien plus nombreux qu’eux et son effet de surprise avait été savamment calculé. En déboulant partout à la fois, les malgaches avaient désorganisés la défense que les Libertaliens avaient délaissée du coté de la forêt. Ce fut la débandade, les fuyards se mirent à courir vers les navires… A bord ils seraient en sécurité. Les maisons brûlaient, la ville était en feu . 2 navires réussirent à mettre les voiles emportant quelques braves menés par MISSON ainsi qu’une partie du trésor. Dans la nuit, la colonie était entièrement détruite et pillée …

Il ne reste rien, dans la Baie de Diégo-Suarez, de ce que fut « LIBERTALIA ». Rien du rêve de MISSON, et CARACCIOLI ,  tout est réduit à néant.Il reste un nom : Baie des Français et quelques pages dans «History of the pirates » de Johnson.

CARACCIOLI mourut lors de l’attaque des malgachesMISSON périt en pleine tempête dans l’Atlantique.TEW reprit la mer et la piraterie et fut éventré par un boulet.

Il y eut des survivants. Madagascar s’est souvenu quand même, dans son sang. On dit qu’une tribu de la côte Nord-Est, redoutables marins, dangereux, pillards, jusqu’au siècle dernier, n’a du son audace en mer qu’aux descendants de pirates qui avaient fait souche.

Qu’auraient fait les fils de « LIBERTALIA », si « LIBERTALIA avait vécu. ?

Qu’est-il resté de ce rêve utopique qui se prolongea 30 ans ?

Fut-il précurseur des grands mouvements révolutionnaires de 1789 et des siècles suivants ?

Brûle-t-il toujours ce feu originel ou ces utopiques forgèrent leur foi en la Liberté, l’Egalité et la Fraternité ?Cette braise qui couve et qui re-flambe parfois, quand les hommes se remettent à croire qu’ils peuvent être Frères et que le monde les suivra.

LE RÊVE reste un RÊVE, mais ne périt pas.

Et si MISSON et CARACCIOLI étaient Francs-Maçons ?

Les dates mentionnées rendent possible la thèse selon laquelle des capitaines de navires pirates auraient pu être Francs-Maçons. Si la première Grande Loge date de 1717, il est évident que la Maçonnerie Anglaise est bien antérieure à cette date puisqu’il existe des archives d’une Loge travaillant à Edimbourg en 1598 à Ste Mary’s  Chapel.L’Angleterre ayant de tout temps été une terre de marins, pourquoi n’y aurait-il pas des pirates qui auraient appartenu aux premières Loges informelles d’avant 1717 ? Selon certains archéologues, les capitaines exigeaient même que tout l’équipage soit Franc-Maçon de façon à partager les prises équitablement.

En France de nombreux capitaines de navires négriers étaient Francs –Maçons et appartenaient à des Loges de Nantes et de Bordeaux. En consultant des archives j’ai répertorié  82 noms de Capitaines négriers et Franc Maçons avec le  titre Distinctif  de leur loges pendant toute la période de la traite.

Ange L…….Bibliographie :Daniel DEFOE »Captain Jonhson » publié à Londres en 1724 :Libertalia –Utopie Pirate » Editions l’Esprit Frappeur 1990Hubert DRSCHAMPS : les Pirates à Madagascar. Editions Berger-Levrault 1972Daniel VAXELAIRE : Les Mutins de la Liberté. Editions Phébus Libretto 2001

Olivier LEVASSEUR dit «La Buse»

Olivier Levasseur dit « La Buse » (ou « La Bouche ») est un pirate qui écumait l’océan Indien. Son histoire et ses origines sont encore mal connues. Il fut pendu le 7 juillet 1730 à Saint-Paul, sur l’île Bourbon (aujourd’hui île de la Réunion) pour ses crimes de piraterie. Tout à la fois personnage historique, figure folklorique de la Réunion et héros de fiction, La Buse, ainsi que son supposé trésor, fait partie du patrimoine culturel de l’océan Indien.

Les pseudonymes Louis Labous, La Bouse, La Bouche, et Louis de Boure lui sont aussi attribués.

….. https://youtu.be/8O-zAVEcVw0……………………………………………………………

Les origines d’Olivier Levasseur nous sont inconnues, malgré différentes hypothèses avancées. On a ainsi pu dire qu’il était originaire de Calais, ou encore des Antilles françaises. En tout état de cause, la seule source d’époque que nous possédions sur le pirate nous vient de Charles Johnson (probable pseudonyme de Daniel Defoe) qui l’évoque à plusieurs reprises dans son History of the Most Famous Pirates (Histoire générale des plus fameux pirates) publié à partir de 1720.

En 1716, La Buse et Hornigold aidèrent Samuel Bellamy, dit Black Sam, à entrer dans la piraterie. Il aurait fait partie de la réunion de Providence (aux Bahamas), où les grands capitaines pirates des Antilles prirent, pour la plupart, la décision de fuir les Caraïbes, devenues trop dangereuses depuis que les différentes marines nationales y menaient des campagnes anti-pirates. Il aurait ensuite croisé dans le Golfe de Guinée, en compagnie des pirates Thomas Cocklyn et Howell Davis, et y aurait fait plusieurs prises. Johnson le fait ensuite réapparaitre à Mayotte, où il aurait fait naufrage avec son navire, l’Indian Queen. C’est là que le capitaine pirate Edward England l’aurait pris à son bord, et où, avec le capitaine John Taylor, ils décident de s’associer pour une campagne dans la mer des Indes.

Au retour vers les Mascareignes, Taylor et La Buse auraient décidé d’abandonner England, avec qui ils se sont fâchés, à l’île Maurice. Les deux pirates font ensuite voile vers l’île Bourbon (actuelle la Réunion) qu’ils touchent le 20 avril 1720.

Combat de Saint-Denis, La prise de la Vierge du Cap.

À partir de cette date, le récit de Johnson correspond aux témoignages historiques conservés dans les différentes archives européennes. Le 8 avril 1720, Taylor et La Buse arrivent en rade de Saint-Denis où ils découvrent un navire en réparation, Notre Dame du Cap, navire de 800 tonneaux et de 72 canons, qui venait d’essuyer une tempête. Le vaisseau transportait Luís Carlos Inácio Xavier de Meneses, vice-roi des Indes orientales portugaises et l’archevêque de Goa. Les deux pirates le prennent d’abordage et après un âpre combat s’en rendent maîtres. La population de la ville de Saint-Denis assiste impuissante au combat depuis le rivage. La Buse et Taylor n’exigent pas de rançon du vice-roi mais gardent le navire ainsi que sa cargaison en butin : rivières de diamants, bijoux, perles, barres d’or et d’argent, meubles, tissu, vases sacrés et cassettes de pierres précieuses, un trésor que les historiens estiment à quatre millions et demi d’euros. On a prétendu qu’il s’agissait de la plus grosse prise de l’histoire de la piraterie océane.

Taylor prend le commandement du vaisseau portugais. Quelques jours plus tard, en rade de Saint-Paul, les deux capitaines pirates s’emparent du Ville d’Ostende, puis décident de faire route vers l’Île Sainte-Marie à proximité de Madagascar. Le Ville d’Ostende les précède sous équipage de prise, mais sera repris par son ancien équipage et parviendra à Mozambique puis à Goa. Après réparation de Notre Dame du Cap, Taylor et La Buse contournent Madagascar par le Sud et prennent La Duchesse de Noailles à l’ancre, probablement en baie de Saint-Augustin. Ils vont ensuite à Delagoa (aujourdh’hui Maputo), où ils prennent le fort et emmènent l’hydrographe hollandais Jacob de Bucquoy. Ils font route vers la ville de Mozambique, puis vers Madagascar.

Ensuite les deux associés se disputent et rompent l’association, et chacun des deux pirates, avec son navire, fait route de son côté. La Buse décide de s’installer à Madagascar. Le roi de France et le gouverneur de Bourbon offrent une amnistie aux flibustiers qui renonceraient à la piraterie et qui s’installeraient à Bourbon. Il semble que La Buse réponde à cette proposition, mais pas totalement, notamment en n’allant pas à Bourbon, mais en restant à Ste Marie, même s’il ne commet plus d’acte de piraterie.

La fin de La Buse

Vers 1729, La Buse exerce le métier de pilote dans la baie d’Antongil, à Madagascar, il offre ses services aux navires européens de passage. C’est ainsi qu’il monte à bord de « La Méduse », de la Compagnie des Indes, qui souhaitait entrer dans le port. Le capitaine Dhermitte, négrier notoire, commandant de bord, le reconnait et le fait prisonnier. Il semble que la capture du pirate était l’un de ses objectifs. Il est conduit, les fers aux pieds, à l’île Bourbon pour y être jugé. Là, il refuse de parler au nouveau gouverneur, Pierre-Benoît Dumas. Le procès est rapide, il est condamné à être pendu et exécuté le 7 juillet 1730.

À l’issue de son procès, en traversant le pont qui enjambe la Ravine à Malheur, il aurait lâché à ses gardiens : « avec ce que j’ai caché ici, je pourrais acheter toute l’île. »

Voici un extrait du jugement, daté du 7 juillet 1730 :

Vœu par le Conseil le procès criminel extraordinairement fait et instruit à la requête et diligence du Procureur du Roy, demandeur et accusateur, contre Olivier Levasseur surnommé La Buse, accusé du crime de piraterie […]. Le Conseil l’a condamné et condamne à faire amende honorable devant la principale porte de l’église de cette paroisse, nu en chemise, la corde au col et tenant en sa main une torche ardente du poids de deux livres, pour là, dire et déclarer à haute et intelligible voix que méchamment et témérairement il a fait pendant plusieurs années le métier de forban, dont il se repent et demande pardon à Dieu, au Roy. […] Exécuté à cinq heures du soir le sept juillet mil sept cent trente.

Signé Chassin — Dumas — Villarmoy — G. Dumas — de Lanux

Le trésor de La Buse

Le Trésor de La Buse.La légende raconte que lorsqu’il était sur l’échafaud la corde au cou, il aurait jeté un cryptogramme dans la foule en s’écriant : « Mon trésor à qui saura comprendre ! ». Au début du xxe siècle, l’écrivain et conservateur du département des imprimés à la Bibliothèque Nationale (aujourd’hui Bibliothèque nationale de France), Charles de la Roncière, déclare, dans son interview du 15 juillet 1934 donné au Milwaukee journal, avoir apporté son aide à l’étude d’un cryptogramme qu’il reconnait être du XVIIIe siècle. Ce cryptogramme appartenait à une jeune femme dont il tait le nom (on sait aujourd’hui qu’il s’agit de Mme Savy originaire des Seychelles). Celle-ci sollicitait un ouvrage dénommé Les clavicules de Salomon. Son décryptage, ne donne rien de concluant, mais lance une formidable chasse au trésor qui dure encore. Plusieurs hypothèses quant au lieu où se trouve le trésor de La Buse sont émises : on le croit à la Réunion, bien sûr, aux Seychelles, à Rodrigues, à Madagascar, à Mayotte, à l’île Sainte-Marie.

À la Réunion, le chercheur de trésor et figure pittoresque de l’île, Bibique, passe une partie de sa vie à le rechercher sur la côte ouest de l’île. À l’île Rodrigues, le grand-père paternel de l’écrivain J.M.G. Le Clézio, s’installe et passe vingt ans dans une ravine à fouiller le sol.

Autour du personnage

Le pirate La Buse est au centre d’un roman graphique de Lewis Trondheim et Appollo intitulé Île Bourbon 1730. De manière très romancée, les auteurs imaginent l’histoire d’un jeune ornithologue passionné de piraterie débarquant sur l’île Bourbon quelques jours ou semaines avant la pendaison de La Buse.Dans le film Capitaine Blood, de Michael Curtiz, il se fait tuer en duel par le protagoniste.Le romancier Le Clézio a raconté la quête de son grand-père paternel, venu de Maurice à Rodrigues pour y chercher le trésor de La Buse, dans deux ouvrages, le roman Le Chercheur d’or et le récit Voyage à Rodrigues.Une bande dessinée en deux tomes, scénarisée par Daniel Vaxelaire et dessinée par Michel Faure, retrace de manière romancée la vie de La Buse (éditions Orphie).

On trouve au cimetière marin de Saint-Paul une tombe dite « de La Buse », surmontée d’une croix marquée d’une tête de mort et de tibias croisés. Quoiqu’il soit impossible que La Buse ait pu être enterré à cet endroit (il n’a pas eu de sépulture et le cimetière a été créé bien après sa mort), elle est le lieu d’un certain nombre de pratiques populaires proches de la sorcellerie. Ainsi le criminel réunionnais Saint-Ange, chef de la bande de Sitarane, y aurait dérobé, au début du xxe siècle, un os qui, prétendait-il, le protégeait.

La Buse inspira Eiichirō Oda lors de la création de son manga One Piece : l’histoire commence par l’exécution de Gol D. Roger, le Seigneur des pirates dont les derniers mots furent pratiquement les mêmes que La Buse et feront entrer le monde dans l’ère de la piraterie.

BibliographieSur la piste des Frères de la Côte, de Joseph Tipveau dit BibiqueLe Trésor du Pirate La Buse d’Yves Manglou – Roman JeunesseLa Buse de Gui Viala – RomanSous le signe de la tortue – Voyages anciens à l’île Bourbon (1611 – 1725) d’Albert Lougnon aux Éditions Azalées, 1992Histoire générale des plus fameux pirates de Daniel Defoe aux éditions Phébus, 1990british-history.ac.ukChapitre 1 de One Piece, page 1 : Son nom était « Gold Roger ». Il avait amassé toutes les richesses du monde. Ses derniers mots avant son exécution ont inspiré les pirates du monde entier : « Mon trésor ? Si vous y tenez, vous n’avez qu’à le prendre … Mais il vous faudra d’abord le chercher, car je l’ai caché quelque part dans ce vaste monde. » Le monde est entré dans l’ère de la piraterie.

Libertalia : Mythes ou Réalité ?

PIRATERIE Libertalia : les damnés de la mer

Une utopie pirate, une société créée de toutes pièces par une bande de gueux des mers, commune libertaire, communiste, en plein règne de Louis XV, telle est l’incroyable histoire de Libertalia. Depuis, Libertalia est au cour de polémiques entre historiens : mythe ou réalité ? Faut-il que cette utopie soit dérangeante pour que des universitaires s’échinent à en démontrer sa non-existence.

Tout commence en 1724 avec la sortie du livre, Histoire générale des plus fameux pyrates (1) narrant l’ensemble des exploits des flibustiers. Au cour de cette anthologie, un long récit sur la république pirate de Libertalia située non loin de Madagascar. L’auteur est un mystérieux capitaine Charles Johnson. Il faudra attendre 1972 pour que l’on atteste, de façon formelle, que Johnson n’est autre que Daniel Defoe, auteur de Robinson Crusoé. Pourquoi tant de tintamarre autour d’un chapitre de cette histoire générale, alors que l’ouvrage comporte d’autres erreurs ou approximations ? Libertalia est un véritable brûlot politique. L’histoire : un officier de la marine française, Misson, et un prêtre défroqué italien, Carracioli, se retrouvent à la tête de la Victoire, un navire de guerre. Carracioli, imprégné d’idéalisme religieux, convainc l’équipage de fonder une société idéale. Pas vraiment pirates, ils ne rançonnent les navires que pour subvenir à leurs besoins et surtout recruter. Les hommes de Misson s’installent non loin de Madagascar. De cette idée folle naît une république, Libertalia. Et là, le bât commence sérieusement à blesser car le programme politique dispensé par les Liberi est pas mal révolutionnaire. Les richesses de Libertalia sont réparties de façon égalitaire – règle de fait chez les flibustiers – liées à une organisation collectiviste du travail.  » Nous travaillons autant que nous aurons mangé.  » Libertalia se construit économiquement dans un processus opposé à la classique accumulation capitaliste. Quant à l’organisation politique de la république, elle implique l’élection directe par tous du chef, qui perd son auréole de droit divin, avec un mandat temporel précis qui stipule qu’ils seront  » les gardiens vigilants des droits et des libertés des peuples « . Au temps de l’absolutisme monarchique, on comprend que cela ait pu faire désordre ! Les Liberi ne se reconnaissent plus dans les nations, la république regroupe plusieurs nationalités (toujours selon le schéma pirate), enfin, ils s’opposent aussi violemment à l’esclavagisme. Chaque esclave libéré devient un membre de Libertalia de plein droit. Rappelons que ce texte est daté de 1724 et que l’esclavage ne sera aboli en France qu’en 1848 ! Cette mixité, certes idéalisée à l’extrême dans l’aventure de Libertalia, est une caractéristique pirate, où le fait de  » venir de la mer  » tenait lieu de passeport. L’aventure s’achève dans le sang, la communauté étant détruite par des tribus voisines irascibles.

Que Libertalia ait existé ou non, le texte de Defoe est un redoutable manifeste politique, sorte de contrat social avant l’heure. On imagine sans mal la stupeur des classes dirigeantes à la lecture d’un tel plaidoyer pour un républicanisme radical en rupture totale avec les schémas politiques et sociaux du XVIIIe. L’explication peut se trouver dans les liens entre Defoe et le milieu radical anglais, les  » dissenter « , déçus par la glorieuse révolution de 1649. L’échec des républicains les plus durs (aux idées fortement teintées de religiosité) se traduisit par une émigration vers le Nouveau Monde où  » l’alternative pirate  » sévissait. Les flibustiers étaient porteurs d’une réelle contre-société – dont Libertalia s’inspire grandement – émancipatrice et dangereusement subversive. Libertalia est-elle la synthèse de la multitude d’aspirations que la piraterie portait ? Est-elle un manifeste républicain visant à traduire une volonté politique dont Defoe fut le héraut ? Sans doute un mélange des deux. Le pirate Bellamy, lors de son procès en 1720, déclarait :  » Ils nous condamnent ces crapules, alors que la seule différence entre eux et nous, c’est qu’ils volent les pauvres grâce à la loi, et que nous pillons les riches armés de notre seul courage.  » Libertalia, imaginaire ou non, s’inscrit dans cette révolte qu’a été la piraterie, précurseur des grands mouvements révolutionnaires de 1789 et du XIXe siècle.

Gregor Markowitz

(1) Plus d’une centaine d’éditions depuis sa sortie !

LA BUSE : Combat Saint Denis

Le combat de Saint-Denis est une bataille navale livrée le 26 avril 1721 entre un vaisseau portugais et deux navires pirates dans le port de Saint-Denis, sur l’île Bourbon.

Pris dans une tempête, le vaisseau portugais de 800 tonneaux Nossa Senhora do Cabo (Vierge du Cap) parti de Goa en Inde et en route pour Lisbonne, est contraint de relâcher dans le port de Saint-Denis pour réparer ses très importantes avaries : sa mature et son gouvernail sont endommagés et sa coque a souffert. Il transporte une très riche cargaison d’or, d’épices, d’étoffes, de bois précieux… ainsi que des passagers de marque. En effet, Luís Carlos Inácio Xavier de Meneses, comte d’Ericeira, vice-roi des Indes est à bord, ainsi que Dom Sebastian de Andrado, archevêque de Goa.

Pendant une vingtaine de jours, le navire est immobilisé tandis que s’affairent les charpentiers. La majorité de l’équipage est à terre ainsi que le vice-roi et l’archevêque qui bénéficient tous deux de l’hospitalité du gouverneur Beauvollier de Courchant. Le 26 avril, deux voiles sont aperçues à l’horizon. Prévenu et en proie à un sombre pressentiment, le comte d’Ericeira regagne en hâte la Nossa Senhora do Cabo avec une demi-douzaine de compagnons. Les deux navires arborent le pavillon britannique, or tant le Portugal que la France sont en paix avec l’Angleterre, mais cette nationalité affichée ne rassure guère les Lusitaniens. La foule se masse sur la plage de Saint-Denis tandis que les intrus se rapprochent. Arrivés à portée de tir, les deux navires hissent le pavillon noir.

Ce sont en effet des pirates, comme le craignait le comte d’Ericeira, et pas n’importe lesquels.

Le premier navire est l’ex-Cassandra capturé de haute lutte sur les Anglais, lors du combat d’Anjouan.

Il a été rebaptisé en Fantasy par le capitaine John Taylor, son nouveau commandant ; il est armé de 38 canons et compte 280 hommes d’équipage.

Le second navire, le Victory est dirigé par l’associé de Taylor, le Français Olivier Levasseur, dit La Buse.

Il y a 36 canons et 200 hommes à bord. Face à ces prédateurs maritimes, il n’y a qu’un bateau à l’ancre, armé d’une vingtaine de canons seulement (les autres, près d’une cinquantaine, sont passés par dessus bord pendant la tempête ou sont inutilisables) servis par une poignée de marins :

le gros de l’équipage est en effet mêlé à la foule sur la plage et ne peut qu’assister impuissant à la tragédie qui s’annonce.

Les pirates ouvrent le feu ; galvanisés par le comte d’Ericeira, les Portugais répliquent. Ce qui devait s’annoncer comme une victoire facile devient un combat acharné.

Taylor décide d’en terminer et tente l’abordage du Nossa Senhora do Cabo; les hommes du comte d’Ericeira accueillent les assaillants à coups de mousquets, de pistolets, de haches et de sabres et les repoussent malgré leur supériorité numérique.

Le Fantasy s’éloigne et les échanges de bordées reprennent.

 bord du Nossa Senhora do Cabo, la situation est désespérée et les munitions viennent à manquer.

La mort dans l’âme, le vice-roi doit admettre sa défaite et il fait amener son pavillon.

Les conséquences

Les pirates s’emparent avec le vaisseau portugais d’un butin gigantesque qui fait de chacun d’eux un homme riche.

Les marins survivants sont débarqués à terre, ainsi que le comte d’Ericeira, mais en ce qui le concerne, seulement après paiement d’une rançon de 2 000 piastres, qui est avancée par le gouverneur de Saint-Denis.

Cependant, Taylor impressionné par son courage lui rend son épée, dont la garde est en or, incrustée de diamants.

Les pirates vainqueurs s’éloignent ; quelques jours plus tard, un navire hollandais a la malchance de croiser leur route et sa cargaison s’ajoute au trésor conquis à Saint-Denis.

Ses avaries réparées, la Nossa Senhora do Cabo devient le Victorieux et vient grossir la petite escadre des deux pirates associés.

Quant au comte d’Ericeira, il est très mal accueilli à son retour à Lisbonne et cela malgré la résistance désespérée qu’il a opposée aux pirates.

En effet, parmi la cargaison se trouvaient des diamants qui devaient être remis au roi du Portugal. Ce dernier, furieux de leur perte, sanctionne Ericeira en le bannissant de la cour pendant 10 ans.

Jean V PORTUGAL

BibliographieDaniel Vaxelaire, Le Grand livre de l’histoire de La Réunion, volume 1, Éditions Orphie, 1999, ISBN 9782877632294 .(en) Collectif, Pirates, terror on the high seas from the Caribbean to the South China Sea, JG Press inc., 1998, ISBN 1-57215-264-8.

DANIEL DEFOE

L’île de La Réunion est un territoire français de l’océan Indien depuis 1642. Lorsque les Français prirent possession de l’île, celle-ci était inhabitée. L’histoire de La Réunion avant la colonisation est très mal connue, et à ce jour, on ne sait toujours pas qui l’a découverte.

Avant 1500

Les Iles Mascareignes sur le Planisphère de Cantino, 1502

L’Océan Indien a été parcouru vers le vie siècle par des navigateurs malais, qui colonisèrent Madagascar. Il n’existe toutefois aucune donnée historique ou archéologique faisant état d’une exploration de l’île de La Réunion à cette époque.

L’île de La Réunion a vraisemblablement été découverte avant le xvie siècle par les Arabes, qui faisaient du commerce le long de la côte est de l’Afrique. Elle entre en effet dans l’Histoire sous le nom arabe de Dina Margabim, qui signifie île de l’Ouest, en apparaissant en 1502 sur une carte d’origine portugaise, le planisphère de Cantino. La Réunion se trouvait hors des routes maritimes arabes, qui utilisaient le canal du Mozambique, aussi cette découverte n’a pu être qu’accidentelle, et l’île ne devait pas être régulièrement visitée. Les Portugais auraient eu connaissance de l’existence des îles Mascareignes, et de leurs noms, grâce aux renseignements recueillis par Vasco de Gama aux cours de la première expédition vers l’Inde, de 1497 à 1499.

XVIéme siècle

Le planisphère de Cantino passe pour être une copie illégale du Padrão real, qui était conservé à la Casa da Guiné e da Mina, à Lisbonne. Cette carte confidentielle représentait le monde connu, et était mise à jour à chaque retour d’expédition. Elle avait pour particularité de ne représenter que les terres réellement découvertes, et c’est ce qui apparaît pour l’Amérique, où seule une partie des côtes du Brésil et des Antilles y est dessinée.

Les Iles Mascareignes sur le Planisphère de Cantino, 1502Le fait que l’archipel des Mascareignes apparaisse sur cette carte permet de supposer que l’île de La Réunion a été reconnue par les Portugais avant 1502. Aucune trace de cette découverte n’a été retrouvée, mais le seul navigateur portugais à être passé à l’est de Madagascar avant 1502 est Diogo Dias.

Le 9 mars 1500, une expédition de 13 vaisseaux quittait Lisbonne sous le commandement de Pedro Alvares Cabral, à destination du sud de l’Afrique et des Indes. En voulant s’éloigner très à l’ouest de la côte africaine afin de mieux profiter des alizés, la flotte découvrit le Brésil le 22 avril 1500. Le 24 mai, l’expédition se trouvait au large du cap de Bonne-Espérance lorsqu’une violente tempête s’abattit sur elle. Le navire commandé par Diogo Dias fut séparé de la flotte et fut repoussé au sud-est de Madagascar, sur une mer où aucun Européen n’était jamais allé. Perdu, Dias chercha à rejoindre l’escale de Mozambique en se dirigeant vers le nord-ouest. C’est en suivant ce parcours qu’il a pu passer à vue des îles Mascareignes, puisqu’il découvrit Madagascar le 10 août 1500.

Pedro Alvares Cabral

Le commerce portugais vers les Indes s’accrut suite à l’expédition de Cabral : entre 1500 et 1528, 299 vaisseaux portugais franchirent le cap de Bonne-Espérance. Peu à peu, l’image des îles Mascareignes se précisa sur les cartes.

L’île de La Réunion apparaît pour la première fois avec un nom européen sur une carte attribuée à Pedro Reinel et dressée en 1517. Elle y figure en élévation, comme un cône sortant des eaux, et sous le nom de Santa Apolonia. La même année, sur une carte attribuée à Jorge Reinel, fils de Pedro Reinel, deux îles non nommées apparaissent à la place de Santa Apolonia, et tous l’archipel y figure sous le nom de Ilhas Macarenhas.

Ce phénomène, fréquent à l’époque des découvertes, était dû à l’impossibilité de mesurer précisément la longitude : un navigateur aborde une île déjà connue, mais comme elle est inhabitée, il ne l’identifie pas. Il estime sa longitude de façon approximative, constate qu’elle ne correspond à celle d’aucune terre connue, et croit avoir fait une découverte.

L’erreur est corrigée en 1519 sur l’Atlas Miller, où figurent à leur emplacement presque exact La Réunion et l’île Maurice, sous les noms respectifs de Santa Apolonia et Domingo Fernandez. Correction provisoire, puisque dès 1529, l’île se dédouble à nouveau sur les cartes, sous les noms d’Ilha Santa Apolonia et Ilha Mascarenhas. C’est ce dernier nom, pourtant postérieur, qui s’imposera, et l’île de Santa Apolonia ne disparu des cartes qu’au début du XVIIe siècle.

Atlas Miller

La première mention non cartographique connue de La Réunion date de 1528 : Suite à une violente tempête, la flotte de Dom Nuno da Cunha décide de se ravitailler sur l’île de « Santa Apelonia, où il y a beaucoup de ruisseaux d’eau douce, et beaucoup d’arbres, d’oiseaux et de poissons ». Mais suite à une seconde tempête, les vaisseaux ne parviennent pas à atteindre l’île. Ce bref témoignage nous apprend toutefois que l’île de La Réunion avait été explorée par les Portugais avant 1528.

En 1534, la nave Santa Maria de Graça passe à vue de l’île Mascarenhas : « Le 20 de ce mois [août] nous fûmes à la hauteur de l’île de Pero de Mascarenhas. Le 23 nous la vîmes, et poursuivîmes notre voyage. »

Enfin en 1591, le navigateur Linschoten mentionne l’île « de Pedro Mascarenas » comme point de repère sur la route des Indes.

Il n’existe donc pour le xvie siècle aucune relation connue d’une exploration de l’île de La Réunion.

XVIIe siècle

À partir de 1596, la Hollande se lança dans le commerce des épices, vers Java et les Moluques. Le 17 septembre 1598, l’Amiral Van Neck prit possession de l’île Maurice, puis entre 1598 et 1601, 14 flottes hollandaises totalisant 65 vaisseaux traversèrent l’Océan Indien. En 1602, les différentes compagnies de commerce qui armaient ces vaisseaux fusionnèrent pour former la Compagnie Hollandaise des Indes Orientales (Verenigde Oostindische Compagnie ou VOC).

Le 27 décembre 1611, l’amiral Pierre Guillaume Verhuff à bord du Middleburg passa à vue de La Réunion : Cette île n’est pas habitée mais on peut s’y procurer des vivres, les tortues, les poissons et les oiseaux y étant très abondants.

Le 6 août 1612, une flotte de 13 vaisseaux sous le commandement du Capitaine Adriaen Martensz Block abordait l’île de La Réunion, où les Hollandais restèrent 17 jours. Le 6 décembre 1612, Block écrivit aux gouverneurs de la Compagnie une lettre dans laquelle figure une courte description de La Réunion. Il s’agit de la première mention connue d’une escale à l’île de La Réunion :

Duyfken replica, Swan River

« Après le 3 août, alors que nous pensions nous diriger vers l’île Maurice, nous aperçûmes l’île de Mascarenhas, qui est située à la latitude de 21 degrés au Sud de l’Équateur et approximativement à 20 lieues à l’Ouest de Maurice. À cause des vents d’Est Sud-Est et d’Est nous ne pouvions nous diriger que vers l’Ouest, aussi nous dûmes chercher un ancrage à cette île de Mascareigne. Nous en trouvâmes un le 6 de ce mois sur la côte Nord-Ouest dans une baie très large, par 25, 30, et 35 brasses, fond de bon sable noir, où nous débarquâmes. Nous trouvâmes entre les hautes montagnes et le bord de mer une étendue d’eau douce délicieuse et propre, pleine de poissons extraordinairement beaux et variés, et sur les rives de cette eau la terre était remplie d’une multitude de toutes sortes de volailles, surtout des oies, des canards, des hérons, des tourterelles et des perroquets, et plein d’autres oiseaux petits et grands dont nous ne connaissions pas les noms. Ainsi nous avons obtenu ici de très bons rafraîchissements; tout nous tombait sous la main sans effort, et personne n’a éprouvé le besoin d’aller attraper les boucs ou les chèvres que nous avions vus plusieurs fois dans les montagnes en troupeaux plus ou moins importants. L’eau et le bois pour le feu sont ici en abondance et aisés à obtenir, et comme les vaisseaux et flottes de vos excellences, au lieu d’aller à Maurice, trouveront de meilleurs approvisionnements dans cette île, j’ai pensé utile de vous en envoyer cette brève description. »

Le 27 mars 1613, le navire anglais Pearl, capitaine Castelton, en provenance de Ceylan, jette l’ancre devant la côte Est, et l’équipage débarque à l’emplacement de la ville actuelle de Sainte-Suzanne. Pensant avoir découvert une terre nouvelle, les anglais la baptisent England’s Forest :

« Le 27, latitude 21 degrés, nous vîmes une île Ouest Sud-Ouest, et Sud-Ouest et par l’Ouest à quelque 5 lieues de nous, une très haute terre. A 6 heures du soir, nous jetâmes l’ancre sur le côté Est, à 10 brasses, sable fin et noir, et à un mile du rivage. De 40 à 4 brasses près du rivage, il y a du sable fin noir. Ici nous envoyâmes notre chaloupe sur le rivage, et y trouvâmes un nombre infini de grandes tortues de terre, aussi grosses qu’un homme peut porter, et qui avaient une très bonne viande. La pointe Nord-Est de cette île est très haute et abrupte ; et un peu plus au Sud Est de cette pointe se trouvent des terres basses, où il y a un joli cours d’eau comme une rivière […] L’île est comme une forêt, alors je l’appelais England’s Forest ; mais d’autres l’appelèrent Pearl Island, du nom de notre bateau. Il y a une grande quantité d’oiseaux terrestres petits et gros, plein de tourterelles, de grands perroquets, et bien d’autres. Et une grosse espèce de volaille de la grosseur d’un dindon, très grasse, et aux ailes si courtes qu’elle ne peut voler ; elle est blanche et elle n’est pas sauvage, comme du reste tous les oiseaux de cette île, aucun d’eux n’ayant jusqu’ici été tracassé ni effrayé par des coups de fusils. Nos hommes les abattaient avec des bâtons et des pierres. Dix hommes en tuaient assez pour nourrir quarante personnes par jour. En parcourant l’intérieur nos gens découvrirent une autre rivière et un étang couvert de canards et d’oies sauvages. En plus ils trouvèrent une quantité infinie de grandes anguilles, aussi bonnes, je pense, que n’importe quelles autres dans le monde. »

Nous retrouvons ici la première mention du Solitaire de La Réunion.

La prise de possession

À partir de 1601, des compagnies privées se formèrent en France afin d’effectuer du commerce vers les Indes. Mais ce n’est qu’en 1642 que fut créée la Compagnie de l’Orient, qui reçut du Cardinal de Richelieu une concession pour ériger des colonies et effectuer du commerce à Madagascar.

En septembre 1642, le vaisseau Saint-Louis, envoyé par la Compagnie pour reconnaître la cote Est de Madagascar, passa à l’île Mascareigne, et Pronis en prit possession au nom du Roi de France.

Cette action ne fut pas immédiatement suivi d’effet, puisque les français concentrèrent leurs effort sur Madagascar, où ils établirent un poste à Fort-Dauphin.

Pronis y rencontra de nombreuses difficultés, et en 1646, il déporta à Mascareigne douze mutins.

Pronis fut remplacé par Etienne de Flacourt en 1648.

Les exilés furent récupéré en août 1649 par le vaisseau Saint-Louis et ramenés à Madagascar.

Ceux-ci firent à Flacourt une description tellement enthousiaste de l’île Mascareigne, que le gouverneur y renvoya en octobre 1649 le Saint-Laurent, afin de renouveler la prise de possession, sous le nouveau nom d’ île Bourbon.

Une première tentative de colonisation à eu lieu en 1654, lorsqu’une troupe de 14 hommes venant de Fort-Dauphin, 8 Français et 6 Malgaches, s’installèrent sur l’île. Mais au bout de quatre ans, n’ayant plus de nouvelles de l’extérieur, ils quittèrent l’île en s’embarquant sur un navire anglais.

Les premiers véritables colons, deux Français et dix Malgaches, dont trois femmes, ne s’installèrent sur l’île qu’en novembre 1663. À partir de cette date, l’île Bourbon fut habitée en permanence.

Notes et références

↑ Vaxelaire, Daniel, Le Grand Livre de l’Histoire de la Réunion, éditions Orphie, 1999, p.24.↑ North-Coombes, Alfred (1994), La Découverte des Mascareignes, p.12.↑ North-Coombes, Alfred (1994), op.cit.↑ North-Coombes, Alfred (1994), op. cit..↑ Vaxelaire et al. (1979), Mémorial de l’île de la Réunion, t.I p.39.↑ Fernandes, Bernardo (c.1548), Livro de Marinharia, préface et notes de A. Fontoura da Costa, Divisão de Publicações e Biblioteca, Agéncia Geral das Colònias, Lisbonne 1940.↑ Barassin, J (1962) « Jean Hugues Linschoten » in Travaux du sixième colloque international d’Histoire Maritime et du deuxième congrès de l’association historique internationale de l’Océan Indien (Session de Lourenço Marques : 13-18 août 1962), p.253.↑ Geyl, Pieter (1992), Introduction to Bontekoe’s Memorable description of the East Indian Voyage, AES New Delhi, 1992, p.7-8.↑ Lougnon A. (1970), «Sous le signe de la Tortue», réedition Azalées Editions, Saint-Denis 1992, p.13.↑ Brial, Pierre (2000), « La Relation d’Adriaen Martensz Block », in Bull. Soc. Géog. Réunion, n°1, p.3↑ Brial, Pierre (2006), Le Solitaire de la Réunion, http://80calcs.pagesperso-orange.fr/solitaire/Solitaire.html [archive], pp.17-18↑ Purchas (1625), His Pilgrimes, vol.I p.331-332↑ Vaxelaire et al. (1979), op.cit., t.I p.68 et suiv.↑ De Flacourt, Etienne (1661), Histoire de la Grande Isle Madagascar, ed. Karthala, Paris 1995, p.261 et suiv.↑ Lougnon A. (1970), op.cit., p.29 et suiv.