LIBERTALIA

Libertalia, une République utopique au temps des pirates

Libertalia 

Légende, Mythe, Réalité ?

Aux Rêveurs … Il en reste!!!!

Dans le Nord de Madagascar, une baie avec une situation exceptionnelle, la  2eme du monde après la baie de Rio, la baie de Diego-Suarez, au fond de cette baie 2 ports : 1 Port de commerce et 1 port militaire avec un arsenal et une grande cale sèche.

La baie de Diego-Suarez fut découverte par 2 marins Portugais à 6 ans d’intervalle. DIEGO DIAZ (1500) et Hermann SUAREZ(1506) qui donnèrent leurs noms à cette Baie.

J’ai vécu dans cette ville plusieurs années où j’étais Commandant de Port et pilote Maritime (il y a 35 ans) .

J’avais entendu parler d’un fait historique qui se serait déroulé au 17ème siècle vers 1685, une légende, un mythe peut être … J’ai consolidé ce travail par la lecture de plusieurs ouvrages et par Internet.

Cette introduction est destinée à planter le décor …

Avec cette situation la Baie de Diégo-Suarez, ne pouvait pas rester longtemps enRADE  … DE L’ HISTOIRE.

Depuis les premiers récits de navigation maritime, on relate des rencontres douloureuses avec ces diables de mer que sont les pirates.

Alors pourquoi raconter UTOPIA-LIBERTALIA ?

Parce que l’histoire traditionnelle n’a pas retenu le fait, que des individus brutaux et sanguinaires, ayant pour la plupart renié leur patrie et dont la tête était mise à prix, essayeraient de mettre en forme une société plus juste.

Parce que c’est, en réalité, l’histoire de 2 pirates « philosophes » et que l’action se situe à l’écart des sociétés dites civilisées, à Madagascar et plus précisément dans la Baie de Diégo-Suarez, une des plus grandes et une des plus belles et la mieux abritée du monde et pour l’époque très isolée.

Nous sommes vers 1680, Olivier MISSON, gentilhomme français, jeune aspirant, issu d’une vieille famille provençale, ayant reçu une excellente éducation, épris d’utopie, obtint d’embarquer sur la frégate « La Victoire » que commandait un de ses oncles, Monsieur de Forbin.

Lors d’une escale dans le port de Naples, au cours d’une visite à Rome il rencontre un prêtre dominicain de mœurs et d’esprit libre, imprégné de mysticisme : Angelo CARACCIOLI. Ce moine, séduit par des idées d’avant garde, étant lui même théoricien de « Libertad » . MISSON  grâce  à sa parenté avec le Commandant,  le fait embarquer sur la « Victoire » comme grenadier du roi.

La « Victoire »ayant l’ordre de se rendre aux Antilles. Les traversées étaient longues et laissaient du loisir. Les deux amis les passaient en conversations nourris. Les idées de CARACCIOLI : Une sorte de déisme libertaire, qui dénonçait l’inégalité, la nature de la monarchie, se mêlaient à la fougue de MISSON et son goût pour l’aventure. Ils commencèrent à prêcher leur évangile près de l’équipage.

En vue de la Martinique, la « Victoire » est attaqué par un vaisseau Anglais le « Winchelsea », le combat est terrible échange de bordées de coups de canons qui font des dégâts aux deux navires. A cette époque seuls les officiers supérieurs avaient accès à la dunette. Les deux navires manœuvraient pour se mettre en parallèle, l’anglais se rapprochait et n’était plus qu’a trois encablures puis une, quand le capitaine du « winchelsea » commanda le feu des mousquets de ses fusiliers, en visant la dunette de la « Victoire ». Le capitaine Forbin, le second capitaine et les deux lieutenants furent fauchés par cette rafale.

L’équipage, que pas une balle n’avait touché, resta les bras ballants fasciné par la dunette vide. La « Victoire » n’avait plus de tête.

Au même moment, poussé par un coup de barre brutal, la « Victoire » infléchit sa route, se rapprocha de l’Anglais et un cri retentit  « Feu » les canons crachèrent leurs boulets à bout portant, un boulet traversa la soute à munitions du « Winchelsea » qui explosa, du vaisseau Anglais il ne restait plus rien .

Stupeur de l’équipage, mais qui avait manœuvré le navire et commandé le feu. Ils se tournèrent vers la dunette et vire le jeune aspirant MISSON à la barre. Comme aspirant il n’avait pas le droit à la dunette et de ce fait échappa donc au massacre. Les matelots levaient les yeux vers lui. Et maintenant qu’est ce qu’on fait se demandaient-ils ?

La « Victoire » était victorieuse, mais ayant perdu tous ses officiers et une partie de son équipage, les survivants de « La Victoire » se consultèrent, ils décrètent de dire merde aux amiraux et même au Roi Louis, ils ne veulent pas rentrer à Lorient,  quitte à devenir des hors- la-loi et qui irait les chercher ? . Ils élisent MISSON comme Capitaine ,seul officier survivant et courageux, et le moine CARACCIOLI, comme Lieutenant.Ainsi commença une aventure peu commune. Je cite un extrait du livre des Pirates du Capitaine Charles Johnson, publié à Londres en 1724.

« MISSON prit la parole devant tout l’équipage : Notre cause est une cause noble, courageuse, juste et limpide : C’est la cause de la Liberté. Je vous conseille comme emblème un drapeau blanc portant cette devise :

A DEO A LIBERTATE – PAR DIEU ET LA LIBERTE 

Et c’est ainsi qu’ à contre-courant ,ces deux là, vont essayer de faire pousser les fleurs de Liberté, Egalité, et de Fraternité , entourés d’individus dont, on s’en doute, de telles préoccupations n’effleuraient pas l’esprit.

Il semble que c’est aussitôt après avoir le commandement de la « Victoire » que MISSON va proposer à l’ex-moine CARACCIOLI d’établir la Liberté dans le monde.

Abandonnant les Caraïbes pour l’Océan Indien et, plus précisément, pour les Comores, MISSON, s’empare en cours de route dans le Golfe de Guinée de 2 vaisseaux hollandais dont le « Nieuwstaak » chargé d’esclaves noirs, ce fut l’occasion pour le capitaine MISSON de définir sa doctrine sur l’esclavage et d’interdire le commerce des être humains.

« Aucun homme n’a de pouvoir sur la liberté d’aucun autre. » affirma MISSON « Je désire que ces hommes s’intègrent à nous, qu’ils prennent conscience des obligations qu’ils ont envers nous et réciproquement défendent notre justice, notre liberté, et notre humanité ».

C’était bien évidemment contraire aux normes de l’époque mais l’équipage accepta chaleureusement, les esclaves furent libérés. Près du Cap de Bonne Espérance, ils capturèrent un navire Anglais tout neuf  avec 32 canons,  et selon son habitude MISSON  proposa à l’équipage de servir sous ses ordres. CARACCIOLI réparti au mieux ces gens venus d’horizons différents et pris le commandement de ce navire qui s’appellera le « BIJOU ».

Avec ces 2 navires, le capitaine MISSON, mouilla près de l’île Mohéli aux Comores, où ils restèrent plusieurs mois, et plusieurs y prirent femmes .Par la suite MISSON décida de reprendre la mer en direction de Madagascar. Le long de la côte du Mozambique, ils capturèrent un navire Portugais armé de 60 canons et d’une cargaison de 6 millions de poudre d’or.

Et c’est ici que commence l’histoire de la 1ere République avant notre révolution de 1789.

UTOPIA OU LIBERTALIA

Nous sommes arrivés à Diego-Suarez vers les années 1685 où 1690 ( Les archives font défaut et c’est à travers les récits de marins rescapés que l’on a pu connaître cette histoire.)

Les 2 navires franchissent l’étroite entrée de la baie de Diego-Suarez ( en effet la baie communique avec la mer que par une passe de 400 mètres de large). En entrant dans baie, ils jettent l’ancre. La baie se révèle être un abri extraordinaire. Le capitaine MISSON débarque, le sol lui parait fertile, l’air sain, une rivière y coule, la forêt est proche. Il juge que c’est une position parfaite pour des pirates et un site enchanteur pour une colonie vertueuse. Il décide de se fixer et s’en ouvre à ses compagnons, tous sont d’accord et on édifie la 1ere République «  LIBERTALIA ». MISSON ET CARACCIOLI convainquirent l’équipage de fonder la société idéale. Cette colonie aurait été bien plus qu’un simple asile pour pirates et flibustiers : c’était une véritable utopie politique, sociale et philosophique, l’équivalent moderne de l’Atlantide ou de l’Eldorado, et le précurseur des phalanstères du siècle suivant.

Ses membres, dont le nombre s’est augmenté à chaque prise, par le ralliement d’une grande partie des équipages, comprennent des Français, des Anglais, des Hollandais, des Portugais, des anciens esclaves libérés, des femmes passagères                          des vaisseaux capturés, des Comoriennes qui ont suivi les marins.Son peuple portera désormais le nom de « Libéri », des hommes et des femmes libres et la République s’appellera « LIBERTALIA » le pays de la Liberté.Tous ont les mêmes droits et le même statut. Ils vont bâtir un monde nouveau, un monde différent, un monde de la liberté, sans roi ni maître !!! Tous fiers et égaux, tous unis pour le bien de tous , 10 nations en une seule. C’est une façon de dire à tout le monde :

« FICHEZ NOUS LA BAIE !!! »

Ils mettent au point une langue internationale (le principe de l’Espéranto est trouvé). Ils s’appellent entre eux Frères.

200 ans avant notre Frère JOFFRE, dont la statue domine encore la Baie, le Capitaine fait placer à l’entrée de la Baie 40 canons, et dans la Baie sur des navires capturés des canons braqués vers la passe. Ils sont donc solidement protégé contre des attaques éventuelles venues de la mer. Ils peuvent ensuite en toute tranquillité édifier une ville nouvelle.

Le Nord de l’île de Madagascar était à cette époque peu peuplé, du moins le pensait-on . Les tribus malgaches se faisaient la guerre, néanmoins des contacts s’établissent avec une tribu Sakalave la plus proche, des échanges se font : étoffes, haches, pacotille etc….. contre de la nourriture bœufs, cabris, riz etc……

Les hommes libres se sont organisés en groupe de dix chacun, et dans chaque groupe ils ont choisi un représentant pour décréter des règles et des lois devant régir « LIBERTALIA »

Des structures nombreuses sont établies dans l’enclave et après avoir érigé la maison du parlement et une église ou temple œcuménique, chacun aide chacun a construire sa demeure. On construit un port, un débarcadère, un chantier de réparations de bateaux, on reconstruit la « Victoire » qui se faisait vieux. Le trésor et les troupeaux sont répartis et chacun devient propriétaire de la terre qu’il cultive. L a communauté devient prospère, les champs défrichés sont ensemencés, on achète des bœufs aux malgaches.

Mais la plupart sont avant tout des marins et beaucoup continuent les activités de pirates avec des équipages élus et des navires légers. Européens et noirs équitablement répartis(dit le chroniqueur de l’époque) selon ses compétences. Car  MISSON,  décrète une égalité absolue entre toutes les races, il symbolisme son antiracisme en mélangeant dans les assemblées, et selon des dosages précis, les diverses couleurs de peau «  Sem, Cham avec Japhet ».Les entrepôts se remplirent d’or et de marchandises .

A l’occasion d’une course difficile, MISSON capture un important navire portugais mais il manque d’y laisser la vie et perd le tiers de son équipage. Cependant la prise était bonne : or, marchandises diverses  etc….

Au retour, il croise un brick commandé par un célèbre pirate : le capitaine anglais TEW qui, manifestement en état d’infériorité, par prudence et logique, refuse le combat et accepte d’intégrer la communauté. Ce capitaine deviendra par la suite l’Amiral de « LIBERTALIA » et le 3ème personnage de la République.

En ce qui concerne le navire portugais, MISSON donne le choix à l’équipage de rester ou de repartir après avoir fait promettre à chacun de ne jamais révéler l’emplacement de « LIBERTALIA »et de ne jamais prendre les armes contre lui.Excès de confiance envers la nature humaine ? on le verra plus tard.

Une querelle faillit opposer l’anglais TEW à  MISSON. Afin d’éviter de tels affrontements, il est décidé de donner des lois à la colonie et d’élaborer une constitution. Les responsables sont élus sans distinction de nationalité, de couleur où de race. A l’autre bout du monde, isolés, loin des états dits civilisés, grâce à une presse à imprimer, trouvée sur un navire saisi, les imprimeurs couchent noir sur blanc les lois votées et les responsables les font appliquer comme dans tout état moderne.

Il serait fastidieux d’énumérer les captures des uns et des autres (MISSON,TEW, ou d’autres capitaines). Les équipages capturés pouvaient choisir d’intégrer la République, ils apprenaient la langue et bien évidemment appliquaient les lois et les règlements , les esclaves étaient libérés.

La communauté de « LIBERTALIA » est de plus en plus riche et prospère. Mais pour un pirate les mots « Futur »et « Espoir » n’ont guère de sens.Un événement important eut lieu : Le retour à GOA du navire marchand portugais qu’on avait cru, depuis longtemps,  perdu en mer. L’histoire de l’étrange captivité des matelots fit le tour des comptoirs. Les autorités voulurent en savoir plus ; la présence si proche d’un nid de corsaires presque aussi fortifié que Goa lui même, ne laissaient pas d’être inquiétante.. Le gouverneur craignait pour ses navires qui allaient devenir la cible préférée des écumeurs de mers.

Le capitaine marchand portugais résista à toutes les pressions. Il avait donné sa parole, disait-il, et ne la renierait pas ; Il voulait bien décrire la ville, le port, parler de l’étonnante philosophie de ses geôliers, mais il ne dirait pas où se de trouvait la baie ni comment elle était défendue.Mais tout le monde n’est pas gentilhomme. D’autres ne refusèrent pas de révéler que la Baie était au Nord de Madagascar. Il s’en trouva même pour proposer de guider la flotte de représailles dés qu’elle serait rassembléeA bord du plus grand des vaisseaux portugais le commodore qui commandait la flottille de 5 navires comprenant 1000 hommes d’équipage, 600 fusiliers, 250 canons  et se sentait de taille à forcer tous les blocus . ce serait la plus belle pendaison qu’on aurait jamais vue….

Le commodore portugais était persuadé qu’une bonne charge bousculerait la racaille qui défendait l’endroit. Et son optimisme se confortait  du fait que les navires pirates n’étaient pas sortis à sa rencontre. Il pensait donc les prendre au nid.

Nous avons vu que le dispositif militaire était très efficace. Dès que les navires franchirent la passe ils furent copieusement arrosés par les canons. Ceux qui réussirent malgré tout à passer furent piégés dans cette nasse car d’autres canons les attendaient dans la rade. Échec total : navires coulés ou endommagés, 800 prisonniers, fort peu de blessés, la bataille avait été courte.Le commodore vaincu, comprenait, maintenant qu’il avait vu la ville, les réticences du capitaine marchand, quand on l’avait interrogé. Ce n’était pas un nid de vermine qu’il avait sous les yeux, mais une curieuse colonie, à la fois guerrière et idéaliste. Mais, là encore, l’indulgence pour les prisonniers fut de rigueur, à l’exception des parjures qui furent pendus.

Après plusieurs années le port se garnissait de navires, la ville nouvelle, devenue une vraie ville, prenait de l’ampleur. La colonie était plus florissante que jamais 1500 habitants environ.

Il y eut des naissances et le capitaine CARACCIOLI, veillait déjà à faire imprimer des abécédaires libertaliens destinés à ces petits et à leurs parents dont la quasi totalité était analphabète. « l’instruction, répétait-il sans cesse, est la base de tout progrès. »

On le croyait d’autant plus volontiers que c’est grâce à ce qu’il avait lu, appris, médité, lui, le philosophe, qu’on était là bien enracinés dans cette ville, au lieu de risquer sa peau en d’incertaines batailles.

L’amiral désirait repartir en campagne avec la flotte afin de recruter des colons à l’Ile de la Réunion, il fit route sur les Indes ………….

La forêt en arrière de la ville retentissait de mille bruissements. Des yeux des oreilles exercés, auraient remarqué la fuite des oiseaux, l’inquiétude du bétail.

Mais tous les regards étaient tournés vers « LIBERTALIA » les lois de « LIBERTALIA », les canons de « LIBERTALIA ».

Et peut être n’était-ce que le vent qui faisait frémir les buissons ?A l’orée de la forêt, les malgaches étaient prêts. Le neveu du roi de la tribu des Antakaras, ce grand guerrier qui avait su réunir les autres tribus en faisant miroiter la richesse de la colonie et savait par des espions, qu’il envoyait faire du commerce avec les Libertaliens, que les navires étaient partis en mer et que la ville avait beaucoup moins d’hommes.

Chacun vaquait à sa tâche, quand soudain le canon tonna. Ce n’était pas midi, c’était l’alarme. Tous bondirent vers la mer. la Baie était vide, les cris venaient d’ailleurs.  Les Malgaches !!!! … comment avaient ils pu approcher sans être vus ? Toutes les hauteurs en étaient couvertes. Ils étaient des milliers et aujourd’hui, ils ne venaient pas pour négocier. Déjà ils prenaient la ville à revers.

Les Libertaliens furent surpris … Pas un canon tourné vers la terre … Déjà ils se reprochaient d’avoir protégé l’entrée de la baie et d’avoir oublié les menaces de la terre. Qui auraient cru que des porteurs de bâtons, des sauvages presque nus, pouvaient représenter une menace !!!!!!!

Et voici que les sauvages attaquaient avec une telle force qu’ils semblaient pouvoir tout renverser. L’ennemi était bien plus nombreux qu’eux et son effet de surprise avait été savamment calculé. En déboulant partout à la fois, les malgaches avaient désorganisés la défense que les Libertaliens avaient délaissée du coté de la forêt. Ce fut la débandade, les fuyards se mirent à courir vers les navires… A bord ils seraient en sécurité. Les maisons brûlaient, la ville était en feu . 2 navires réussirent à mettre les voiles emportant quelques braves menés par MISSON ainsi qu’une partie du trésor. Dans la nuit, la colonie était entièrement détruite et pillée …

Il ne reste rien, dans la Baie de Diégo-Suarez, de ce que fut « LIBERTALIA ». Rien du rêve de MISSON, et CARACCIOLI ,  tout est réduit à néant.Il reste un nom : Baie des Français et quelques pages dans «History of the pirates » de Johnson.

CARACCIOLI mourut lors de l’attaque des malgachesMISSON périt en pleine tempête dans l’Atlantique.TEW reprit la mer et la piraterie et fut éventré par un boulet.

Il y eut des survivants. Madagascar s’est souvenu quand même, dans son sang. On dit qu’une tribu de la côte Nord-Est, redoutables marins, dangereux, pillards, jusqu’au siècle dernier, n’a du son audace en mer qu’aux descendants de pirates qui avaient fait souche.

Qu’auraient fait les fils de « LIBERTALIA », si « LIBERTALIA avait vécu. ?

Qu’est-il resté de ce rêve utopique qui se prolongea 30 ans ?

Fut-il précurseur des grands mouvements révolutionnaires de 1789 et des siècles suivants ?

Brûle-t-il toujours ce feu originel ou ces utopiques forgèrent leur foi en la Liberté, l’Egalité et la Fraternité ?Cette braise qui couve et qui re-flambe parfois, quand les hommes se remettent à croire qu’ils peuvent être Frères et que le monde les suivra.

LE RÊVE reste un RÊVE, mais ne périt pas.

Et si MISSON et CARACCIOLI étaient Francs-Maçons ?

Les dates mentionnées rendent possible la thèse selon laquelle des capitaines de navires pirates auraient pu être Francs-Maçons. Si la première Grande Loge date de 1717, il est évident que la Maçonnerie Anglaise est bien antérieure à cette date puisqu’il existe des archives d’une Loge travaillant à Edimbourg en 1598 à Ste Mary’s  Chapel.L’Angleterre ayant de tout temps été une terre de marins, pourquoi n’y aurait-il pas des pirates qui auraient appartenu aux premières Loges informelles d’avant 1717 ? Selon certains archéologues, les capitaines exigeaient même que tout l’équipage soit Franc-Maçon de façon à partager les prises équitablement.

En France de nombreux capitaines de navires négriers étaient Francs –Maçons et appartenaient à des Loges de Nantes et de Bordeaux. En consultant des archives j’ai répertorié  82 noms de Capitaines négriers et Franc Maçons avec le  titre Distinctif  de leur loges pendant toute la période de la traite.

Ange L…….Bibliographie :Daniel DEFOE »Captain Jonhson » publié à Londres en 1724 :Libertalia –Utopie Pirate » Editions l’Esprit Frappeur 1990Hubert DRSCHAMPS : les Pirates à Madagascar. Editions Berger-Levrault 1972Daniel VAXELAIRE : Les Mutins de la Liberté. Editions Phébus Libretto 2001

Libertalia : Mythes ou Réalité ?

PIRATERIE Libertalia : les damnés de la mer

Une utopie pirate, une société créée de toutes pièces par une bande de gueux des mers, commune libertaire, communiste, en plein règne de Louis XV, telle est l’incroyable histoire de Libertalia. Depuis, Libertalia est au cour de polémiques entre historiens : mythe ou réalité ? Faut-il que cette utopie soit dérangeante pour que des universitaires s’échinent à en démontrer sa non-existence.

Tout commence en 1724 avec la sortie du livre, Histoire générale des plus fameux pyrates (1) narrant l’ensemble des exploits des flibustiers. Au cour de cette anthologie, un long récit sur la république pirate de Libertalia située non loin de Madagascar. L’auteur est un mystérieux capitaine Charles Johnson. Il faudra attendre 1972 pour que l’on atteste, de façon formelle, que Johnson n’est autre que Daniel Defoe, auteur de Robinson Crusoé. Pourquoi tant de tintamarre autour d’un chapitre de cette histoire générale, alors que l’ouvrage comporte d’autres erreurs ou approximations ? Libertalia est un véritable brûlot politique. L’histoire : un officier de la marine française, Misson, et un prêtre défroqué italien, Carracioli, se retrouvent à la tête de la Victoire, un navire de guerre. Carracioli, imprégné d’idéalisme religieux, convainc l’équipage de fonder une société idéale. Pas vraiment pirates, ils ne rançonnent les navires que pour subvenir à leurs besoins et surtout recruter. Les hommes de Misson s’installent non loin de Madagascar. De cette idée folle naît une république, Libertalia. Et là, le bât commence sérieusement à blesser car le programme politique dispensé par les Liberi est pas mal révolutionnaire. Les richesses de Libertalia sont réparties de façon égalitaire – règle de fait chez les flibustiers – liées à une organisation collectiviste du travail.  » Nous travaillons autant que nous aurons mangé.  » Libertalia se construit économiquement dans un processus opposé à la classique accumulation capitaliste. Quant à l’organisation politique de la république, elle implique l’élection directe par tous du chef, qui perd son auréole de droit divin, avec un mandat temporel précis qui stipule qu’ils seront  » les gardiens vigilants des droits et des libertés des peuples « . Au temps de l’absolutisme monarchique, on comprend que cela ait pu faire désordre ! Les Liberi ne se reconnaissent plus dans les nations, la république regroupe plusieurs nationalités (toujours selon le schéma pirate), enfin, ils s’opposent aussi violemment à l’esclavagisme. Chaque esclave libéré devient un membre de Libertalia de plein droit. Rappelons que ce texte est daté de 1724 et que l’esclavage ne sera aboli en France qu’en 1848 ! Cette mixité, certes idéalisée à l’extrême dans l’aventure de Libertalia, est une caractéristique pirate, où le fait de  » venir de la mer  » tenait lieu de passeport. L’aventure s’achève dans le sang, la communauté étant détruite par des tribus voisines irascibles.

Que Libertalia ait existé ou non, le texte de Defoe est un redoutable manifeste politique, sorte de contrat social avant l’heure. On imagine sans mal la stupeur des classes dirigeantes à la lecture d’un tel plaidoyer pour un républicanisme radical en rupture totale avec les schémas politiques et sociaux du XVIIIe. L’explication peut se trouver dans les liens entre Defoe et le milieu radical anglais, les  » dissenter « , déçus par la glorieuse révolution de 1649. L’échec des républicains les plus durs (aux idées fortement teintées de religiosité) se traduisit par une émigration vers le Nouveau Monde où  » l’alternative pirate  » sévissait. Les flibustiers étaient porteurs d’une réelle contre-société – dont Libertalia s’inspire grandement – émancipatrice et dangereusement subversive. Libertalia est-elle la synthèse de la multitude d’aspirations que la piraterie portait ? Est-elle un manifeste républicain visant à traduire une volonté politique dont Defoe fut le héraut ? Sans doute un mélange des deux. Le pirate Bellamy, lors de son procès en 1720, déclarait :  » Ils nous condamnent ces crapules, alors que la seule différence entre eux et nous, c’est qu’ils volent les pauvres grâce à la loi, et que nous pillons les riches armés de notre seul courage.  » Libertalia, imaginaire ou non, s’inscrit dans cette révolte qu’a été la piraterie, précurseur des grands mouvements révolutionnaires de 1789 et du XIXe siècle.

Gregor Markowitz

(1) Plus d’une centaine d’éditions depuis sa sortie !