LA BUSE

Olivier LEVASSEUR dit «La Buse»

Olivier Levasseur dit « La Buse » (ou « La Bouche ») est un pirate qui écumait l’océan Indien. Son histoire et ses origines sont encore mal connues. Il fut pendu le 7 juillet 1730 à Saint-Paul, sur l’île Bourbon (aujourd’hui île de la Réunion) pour ses crimes de piraterie. Tout à la fois personnage historique, figure folklorique de la Réunion et héros de fiction, La Buse, ainsi que son supposé trésor, fait partie du patrimoine culturel de l’océan Indien.

Les pseudonymes Louis Labous, La Bouse, La Bouche, et Louis de Boure lui sont aussi attribués.

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Les origines d’Olivier Levasseur nous sont inconnues, malgré différentes hypothèses avancées. On a ainsi pu dire qu’il était originaire de Calais, ou encore des Antilles françaises. En tout état de cause, la seule source d’époque que nous possédions sur le pirate nous vient de Charles Johnson (probable pseudonyme de Daniel Defoe) qui l’évoque à plusieurs reprises dans son History of the Most Famous Pirates (Histoire générale des plus fameux pirates) publié à partir de 1720.

En 1716, La Buse et Hornigold aidèrent Samuel Bellamy, dit Black Sam, à entrer dans la piraterie. Il aurait fait partie de la réunion de Providence (aux Bahamas), où les grands capitaines pirates des Antilles prirent, pour la plupart, la décision de fuir les Caraïbes, devenues trop dangereuses depuis que les différentes marines nationales y menaient des campagnes anti-pirates. Il aurait ensuite croisé dans le Golfe de Guinée, en compagnie des pirates Thomas Cocklyn et Howell Davis, et y aurait fait plusieurs prises. Johnson le fait ensuite réapparaitre à Mayotte, où il aurait fait naufrage avec son navire, l’Indian Queen. C’est là que le capitaine pirate Edward England l’aurait pris à son bord, et où, avec le capitaine John Taylor, ils décident de s’associer pour une campagne dans la mer des Indes.

Au retour vers les Mascareignes, Taylor et La Buse auraient décidé d’abandonner England, avec qui ils se sont fâchés, à l’île Maurice. Les deux pirates font ensuite voile vers l’île Bourbon (actuelle la Réunion) qu’ils touchent le 20 avril 1720.

Combat de Saint-Denis, La prise de la Vierge du Cap.

À partir de cette date, le récit de Johnson correspond aux témoignages historiques conservés dans les différentes archives européennes. Le 8 avril 1720, Taylor et La Buse arrivent en rade de Saint-Denis où ils découvrent un navire en réparation, Notre Dame du Cap, navire de 800 tonneaux et de 72 canons, qui venait d’essuyer une tempête. Le vaisseau transportait Luís Carlos Inácio Xavier de Meneses, vice-roi des Indes orientales portugaises et l’archevêque de Goa. Les deux pirates le prennent d’abordage et après un âpre combat s’en rendent maîtres. La population de la ville de Saint-Denis assiste impuissante au combat depuis le rivage. La Buse et Taylor n’exigent pas de rançon du vice-roi mais gardent le navire ainsi que sa cargaison en butin : rivières de diamants, bijoux, perles, barres d’or et d’argent, meubles, tissu, vases sacrés et cassettes de pierres précieuses, un trésor que les historiens estiment à quatre millions et demi d’euros. On a prétendu qu’il s’agissait de la plus grosse prise de l’histoire de la piraterie océane.

Taylor prend le commandement du vaisseau portugais. Quelques jours plus tard, en rade de Saint-Paul, les deux capitaines pirates s’emparent du Ville d’Ostende, puis décident de faire route vers l’Île Sainte-Marie à proximité de Madagascar. Le Ville d’Ostende les précède sous équipage de prise, mais sera repris par son ancien équipage et parviendra à Mozambique puis à Goa. Après réparation de Notre Dame du Cap, Taylor et La Buse contournent Madagascar par le Sud et prennent La Duchesse de Noailles à l’ancre, probablement en baie de Saint-Augustin. Ils vont ensuite à Delagoa (aujourdh’hui Maputo), où ils prennent le fort et emmènent l’hydrographe hollandais Jacob de Bucquoy. Ils font route vers la ville de Mozambique, puis vers Madagascar.

Ensuite les deux associés se disputent et rompent l’association, et chacun des deux pirates, avec son navire, fait route de son côté. La Buse décide de s’installer à Madagascar. Le roi de France et le gouverneur de Bourbon offrent une amnistie aux flibustiers qui renonceraient à la piraterie et qui s’installeraient à Bourbon. Il semble que La Buse réponde à cette proposition, mais pas totalement, notamment en n’allant pas à Bourbon, mais en restant à Ste Marie, même s’il ne commet plus d’acte de piraterie.

La fin de La Buse

Vers 1729, La Buse exerce le métier de pilote dans la baie d’Antongil, à Madagascar, il offre ses services aux navires européens de passage. C’est ainsi qu’il monte à bord de « La Méduse », de la Compagnie des Indes, qui souhaitait entrer dans le port. Le capitaine Dhermitte, négrier notoire, commandant de bord, le reconnait et le fait prisonnier. Il semble que la capture du pirate était l’un de ses objectifs. Il est conduit, les fers aux pieds, à l’île Bourbon pour y être jugé. Là, il refuse de parler au nouveau gouverneur, Pierre-Benoît Dumas. Le procès est rapide, il est condamné à être pendu et exécuté le 7 juillet 1730.

À l’issue de son procès, en traversant le pont qui enjambe la Ravine à Malheur, il aurait lâché à ses gardiens : « avec ce que j’ai caché ici, je pourrais acheter toute l’île. »

Voici un extrait du jugement, daté du 7 juillet 1730 :

Vœu par le Conseil le procès criminel extraordinairement fait et instruit à la requête et diligence du Procureur du Roy, demandeur et accusateur, contre Olivier Levasseur surnommé La Buse, accusé du crime de piraterie […]. Le Conseil l’a condamné et condamne à faire amende honorable devant la principale porte de l’église de cette paroisse, nu en chemise, la corde au col et tenant en sa main une torche ardente du poids de deux livres, pour là, dire et déclarer à haute et intelligible voix que méchamment et témérairement il a fait pendant plusieurs années le métier de forban, dont il se repent et demande pardon à Dieu, au Roy. […] Exécuté à cinq heures du soir le sept juillet mil sept cent trente.

Signé Chassin — Dumas — Villarmoy — G. Dumas — de Lanux

Le trésor de La Buse

Le Trésor de La Buse.La légende raconte que lorsqu’il était sur l’échafaud la corde au cou, il aurait jeté un cryptogramme dans la foule en s’écriant : « Mon trésor à qui saura comprendre ! ». Au début du xxe siècle, l’écrivain et conservateur du département des imprimés à la Bibliothèque Nationale (aujourd’hui Bibliothèque nationale de France), Charles de la Roncière, déclare, dans son interview du 15 juillet 1934 donné au Milwaukee journal, avoir apporté son aide à l’étude d’un cryptogramme qu’il reconnait être du XVIIIe siècle. Ce cryptogramme appartenait à une jeune femme dont il tait le nom (on sait aujourd’hui qu’il s’agit de Mme Savy originaire des Seychelles). Celle-ci sollicitait un ouvrage dénommé Les clavicules de Salomon. Son décryptage, ne donne rien de concluant, mais lance une formidable chasse au trésor qui dure encore. Plusieurs hypothèses quant au lieu où se trouve le trésor de La Buse sont émises : on le croit à la Réunion, bien sûr, aux Seychelles, à Rodrigues, à Madagascar, à Mayotte, à l’île Sainte-Marie.

À la Réunion, le chercheur de trésor et figure pittoresque de l’île, Bibique, passe une partie de sa vie à le rechercher sur la côte ouest de l’île. À l’île Rodrigues, le grand-père paternel de l’écrivain J.M.G. Le Clézio, s’installe et passe vingt ans dans une ravine à fouiller le sol.

Autour du personnage

Le pirate La Buse est au centre d’un roman graphique de Lewis Trondheim et Appollo intitulé Île Bourbon 1730. De manière très romancée, les auteurs imaginent l’histoire d’un jeune ornithologue passionné de piraterie débarquant sur l’île Bourbon quelques jours ou semaines avant la pendaison de La Buse.Dans le film Capitaine Blood, de Michael Curtiz, il se fait tuer en duel par le protagoniste.Le romancier Le Clézio a raconté la quête de son grand-père paternel, venu de Maurice à Rodrigues pour y chercher le trésor de La Buse, dans deux ouvrages, le roman Le Chercheur d’or et le récit Voyage à Rodrigues.Une bande dessinée en deux tomes, scénarisée par Daniel Vaxelaire et dessinée par Michel Faure, retrace de manière romancée la vie de La Buse (éditions Orphie).

On trouve au cimetière marin de Saint-Paul une tombe dite « de La Buse », surmontée d’une croix marquée d’une tête de mort et de tibias croisés. Quoiqu’il soit impossible que La Buse ait pu être enterré à cet endroit (il n’a pas eu de sépulture et le cimetière a été créé bien après sa mort), elle est le lieu d’un certain nombre de pratiques populaires proches de la sorcellerie. Ainsi le criminel réunionnais Saint-Ange, chef de la bande de Sitarane, y aurait dérobé, au début du xxe siècle, un os qui, prétendait-il, le protégeait.

La Buse inspira Eiichirō Oda lors de la création de son manga One Piece : l’histoire commence par l’exécution de Gol D. Roger, le Seigneur des pirates dont les derniers mots furent pratiquement les mêmes que La Buse et feront entrer le monde dans l’ère de la piraterie.

BibliographieSur la piste des Frères de la Côte, de Joseph Tipveau dit BibiqueLe Trésor du Pirate La Buse d’Yves Manglou – Roman JeunesseLa Buse de Gui Viala – RomanSous le signe de la tortue – Voyages anciens à l’île Bourbon (1611 – 1725) d’Albert Lougnon aux Éditions Azalées, 1992Histoire générale des plus fameux pirates de Daniel Defoe aux éditions Phébus, 1990british-history.ac.ukChapitre 1 de One Piece, page 1 : Son nom était « Gold Roger ». Il avait amassé toutes les richesses du monde. Ses derniers mots avant son exécution ont inspiré les pirates du monde entier : « Mon trésor ? Si vous y tenez, vous n’avez qu’à le prendre … Mais il vous faudra d’abord le chercher, car je l’ai caché quelque part dans ce vaste monde. » Le monde est entré dans l’ère de la piraterie.

LA BUSE : Combat Saint Denis

Le combat de Saint-Denis est une bataille navale livrée le 26 avril 1721 entre un vaisseau portugais et deux navires pirates dans le port de Saint-Denis, sur l’île Bourbon.

Pris dans une tempête, le vaisseau portugais de 800 tonneaux Nossa Senhora do Cabo (Vierge du Cap) parti de Goa en Inde et en route pour Lisbonne, est contraint de relâcher dans le port de Saint-Denis pour réparer ses très importantes avaries : sa mature et son gouvernail sont endommagés et sa coque a souffert. Il transporte une très riche cargaison d’or, d’épices, d’étoffes, de bois précieux… ainsi que des passagers de marque. En effet, Luís Carlos Inácio Xavier de Meneses, comte d’Ericeira, vice-roi des Indes est à bord, ainsi que Dom Sebastian de Andrado, archevêque de Goa.

Pendant une vingtaine de jours, le navire est immobilisé tandis que s’affairent les charpentiers. La majorité de l’équipage est à terre ainsi que le vice-roi et l’archevêque qui bénéficient tous deux de l’hospitalité du gouverneur Beauvollier de Courchant. Le 26 avril, deux voiles sont aperçues à l’horizon. Prévenu et en proie à un sombre pressentiment, le comte d’Ericeira regagne en hâte la Nossa Senhora do Cabo avec une demi-douzaine de compagnons. Les deux navires arborent le pavillon britannique, or tant le Portugal que la France sont en paix avec l’Angleterre, mais cette nationalité affichée ne rassure guère les Lusitaniens. La foule se masse sur la plage de Saint-Denis tandis que les intrus se rapprochent. Arrivés à portée de tir, les deux navires hissent le pavillon noir.

Ce sont en effet des pirates, comme le craignait le comte d’Ericeira, et pas n’importe lesquels.

Le premier navire est l’ex-Cassandra capturé de haute lutte sur les Anglais, lors du combat d’Anjouan.

Il a été rebaptisé en Fantasy par le capitaine John Taylor, son nouveau commandant ; il est armé de 38 canons et compte 280 hommes d’équipage.

Le second navire, le Victory est dirigé par l’associé de Taylor, le Français Olivier Levasseur, dit La Buse.

Il y a 36 canons et 200 hommes à bord. Face à ces prédateurs maritimes, il n’y a qu’un bateau à l’ancre, armé d’une vingtaine de canons seulement (les autres, près d’une cinquantaine, sont passés par dessus bord pendant la tempête ou sont inutilisables) servis par une poignée de marins :

le gros de l’équipage est en effet mêlé à la foule sur la plage et ne peut qu’assister impuissant à la tragédie qui s’annonce.

Les pirates ouvrent le feu ; galvanisés par le comte d’Ericeira, les Portugais répliquent. Ce qui devait s’annoncer comme une victoire facile devient un combat acharné.

Taylor décide d’en terminer et tente l’abordage du Nossa Senhora do Cabo; les hommes du comte d’Ericeira accueillent les assaillants à coups de mousquets, de pistolets, de haches et de sabres et les repoussent malgré leur supériorité numérique.

Le Fantasy s’éloigne et les échanges de bordées reprennent.

 bord du Nossa Senhora do Cabo, la situation est désespérée et les munitions viennent à manquer.

La mort dans l’âme, le vice-roi doit admettre sa défaite et il fait amener son pavillon.

Les conséquences

Les pirates s’emparent avec le vaisseau portugais d’un butin gigantesque qui fait de chacun d’eux un homme riche.

Les marins survivants sont débarqués à terre, ainsi que le comte d’Ericeira, mais en ce qui le concerne, seulement après paiement d’une rançon de 2 000 piastres, qui est avancée par le gouverneur de Saint-Denis.

Cependant, Taylor impressionné par son courage lui rend son épée, dont la garde est en or, incrustée de diamants.

Les pirates vainqueurs s’éloignent ; quelques jours plus tard, un navire hollandais a la malchance de croiser leur route et sa cargaison s’ajoute au trésor conquis à Saint-Denis.

Ses avaries réparées, la Nossa Senhora do Cabo devient le Victorieux et vient grossir la petite escadre des deux pirates associés.

Quant au comte d’Ericeira, il est très mal accueilli à son retour à Lisbonne et cela malgré la résistance désespérée qu’il a opposée aux pirates.

En effet, parmi la cargaison se trouvaient des diamants qui devaient être remis au roi du Portugal. Ce dernier, furieux de leur perte, sanctionne Ericeira en le bannissant de la cour pendant 10 ans.

Jean V PORTUGAL

BibliographieDaniel Vaxelaire, Le Grand livre de l’histoire de La Réunion, volume 1, Éditions Orphie, 1999, ISBN 9782877632294 .(en) Collectif, Pirates, terror on the high seas from the Caribbean to the South China Sea, JG Press inc., 1998, ISBN 1-57215-264-8.